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06 mars 2008

La maison d'arrêt d'Amiens au tribunal administratif...

 

 

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La situation des prisons française est, on le sait, assez peu réjouissante. De multiples rapports, parlementaires, internationaux ou de l'OIP dressent, depuis des années, le même constat accablant. Sans revenir aujourd'hui sur ces constats, l'actualité du jour nous interpelle.

Aujourd'hui, jeudi 6 mars, le tribunal administratif d'Amiens examinera un REP (Recours pour excès de pouvoir) déposé, le 1er décembre 2005 (!) par l'OIP (Observatoire international des prisons) contestant l'annexion, par la maison d'arrêt d'Amiens, en octobre 2005, de locaux affectés au SMPR (Service médico-psychologique régional).

Une prison que la Garde des sceaux et ministre de la Justice connait fort bien, puisque, invitée, lors d'une émission de télévision sur M6 (Zone interdite, 23/09/2007), à commenter un reportage sur la situation à Amiens, elle avait Ce estimé qu'il faut dire "la vérité", "ne faut pas cacher l'état des prisons aux Français. La population doit savoir dans quelles conditions sont enfermés les détenus", et ajoutant que ce genre de situations "n'est pas en tout cas l'honneur de la France".

A l'heure ou le président de la République et Rachida Dati font semblant de s'intéresser au devenir des délinquants et criminels atteints de troubles mentaux, et qui selon eux, "refusent de se faire soigner pour pouvoir récidiver", le rappel de cette histoire sonne comme un désaveu particulièrement cruel. Non seulement la santé mentale en prison bénéficie de moyens humains et matériels dérisoires, mais si, en plus, on prend aux  SMPR (créés par un décret du 14 mars 1986, ce sont de mini-services hospitaliers de consultation ambulatoire en psychiatrie) leur outil de travail, les rodomontades ne servent plus à rien : la volonté n'est pas de soigner, ou de réinsérer, ou de favoriser la lutte contre la récidive, mais simplement de punir plus, d'emprisonner plus longtemps.

D'autant que, comme le souligne Betty Brahmy, vice-présidente de l'Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire, "les conditions actuelles d’incarcération, l’allongement de la durée des peines, la diminution des aménagements de peine peuvent avoir aussi des effets sur l’état mental des personnes incarcérées. En effet, certaines personnes, peut-être déjà fragiles antérieurement à l’incarcération, peuvent ne pas supporter les conditions de la vie quotidienne en prison : surpopulation, promiscuité, absence d’hygiène, rupture des liens affectifs familiaux et conjugaux, déresponsabilisation, violences, rackets, attente du jugement puis du transfert en établissement pour peines…"

L'enjeu, dans le cas d'espèce, peut sembler, à première (et courte) vue, un peu anodin : deux pièces destinées à recevoir chacune une dizaine de patients pour l'organisation d'ateliers et activités thérapeutiques : "Avant cette réquisition des locaux, la SMPR assurait en effet des activités thérapeutiques collectives telles que des groupes de parole (« toxicomanie », « la gestion des émotions », « la victime, son vécu, les conséquences », « vidéo-débat pour les auteurs d'agressions sexuelles ») ou des ateliers thérapeutiques (peinture, musicothérapie, relaxation)" rappellent les intervenants.

C'est pour augmenter la capacité d'accueil de la maison d'Arrêt (600 à 700 détenus pour moins de 500 places), la direction de l'établissement pénitentiaire a simplement décidé de réaffecter, autoritairement, les lieux à la détention, en, promettant de trouver de la place pour les activités du service dans la cave, déjà occupée par les salles de classe.

Bien entendu, les responsables du service hospitalier (qui ne dépendent pas de la direction maison d'arrêt) ont refusé ce mélange des genres, et cette "très mauvaise proposition parce qu'elle nuirait inévitablement au principe de confidentialité " entre les patients et les praticiens. Le Préfet s'était lui aussi, pourtant, opposé, en 2004, à cette spoliation, demandant que "a transformation des pièces du SMPR à d'autres fins (nouvelles cellules) ne soit pas définitivement arrêtée".

Le comble étant que, si la direction de la maison d'Arrêt a effectivement décidé de passer outre les avis du Préfet et des psychiatres, et privé le SMPR de ces locaux pour y construire, dans cet établissement, construit en 1904, des cellules censées être affectées à la semi-liberté,  l'OIP signale que "les cellules ayant été construites restent inutilisées. Les activités thérapeutiques de groupe, destinées notamment aux auteurs d'agression sexuelle, n'ont plus cours depuis deux ans, faute de locaux adaptés".

Posté par jurisconsult à 12:02 - Etat de droit ? - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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