07 mars 2008
"Plan banlieue" : Pschitt ou peur ?
Ainsi, que cela soit dit, mercredi matin, Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville a présenté (ce n'était que la quatrième fois, campagne électorale oblige...) le plan banlieue Sarkozy-Boutin-Amara.
Mais, malgré les volontés d'effets d'annonces médiatiques, ce plan ne parvient pas à convaincre. Il est d'ailleurs analysé "en creux" (creux étant d'ailleurs un adjectif qualificatif très usité pour le désigner) par les spécialistes et les intervenants.
Le premier grief fait à ce plan est son absence totale de financement. Certes, il est basé sur la "coproduction" (en clair, chaque ministère sera appelé à contribuer sur ses fonds propres), mais, et le premier ministre l'a dit et répété cette semaine : tous les budgets seront "gelés" durant les cinq prochaines années. Difficile, ainsi, de mener une politique ambitieuse lorsque l'on n'a aucun moyen financier.
Le second, justement, est cette absence d'ambition, mais, plus grave, un manque cruel de vue à terme et de réflexion sur les actions passées. Dans une quête effrénée de "rupture", ce plan oublie l'histoire de la politique de la Ville. A chaque alternance, voire à chaque changement de ministre, les plans successifs sont abandonnés, et les quartiers et banlieues souffrent très pratiquement de cette manque de cohérence et de continuité dans l'action publique. Ce dont les habitant(e)s et les travailleurs sociaux ont besoin n'est pas une "rupture", mais, au contraire, de visibilité à long terme, et, partant, de confiance.
Autre exemple "d'oubli" : alors que la lutte contre toutes les discriminations, dont les discriminations à l'emploi, devrait être au centre de l'action de la politique de la ville, parce que c'est un point axial de la problématique, la mise en place du CV anonyme ne figure pas parmi les mesures promises. Et pourtant, ce dispositif, demandé par la Halde, et adopté par le Parlement dans la loi du 31 mars 2006 pour l'égalité des chances, est simple et très peu onéreuse.
Nouvel exemple de rendez-vous manqué, avec la mesure proposée consistant à
inclure 5% des meilleurs élèves issus des quartiers en
difficultés dans des classes préparatoires aux grandes
écoles. Il s'agit là d'un outil intéressant et utile de lutte
contre les discriminations. Mais il risque fort de se transformer en "usine à gaz" faute de mesure prise en matière d'aide au transport et à l'hébergement pour ces
élèves issus de familles modestes ou pauvres. En pratique, l'accès leur sera encore interdit, faute de moyens suffisants pour se loger.
Cruelle désillusion, également, pour ceux qui attendaient une mesure efficace pour favoriser un meilleur apprentissage, y compris
des codes sociaux nécessaires pour réussir l'ascension sociale, par une diversification dans les affectations des professeurs. Il n'est pas admissible qu'en République, la banlieue soit considérée comme un "bizutage" pour jeunes professeurs. Les quartiers "politique de la ville" ont, au contraire, besoin d'intervenants expérimentés et disposant de suffisamment de recul et de bagages.
Point d'orgue : le président de la République, lors de "sa" présentation, avait annoncé la naissance de "volontaires
citoyens de la police nationale" armés, c'est à dire, concrètement, comme le dénonce Bariza Khiari, Sénatrice socialiste de Paris, des "milices en
armes", coordonnés par des "commissaires
politiques" installés dans les quartiers. Cette mesure a été bizarrement tue de la présentation de Madame Amara... jusqu'au second tour des élections municipales. Imaginons, en effet, que les électrices et les électeurs se rendent compte qu'on prépare l'émergence de nouveaux miliciens...

