11 mars 2008
Discours de Toulon : la main tendue de Nicolas Sarkozy à l'extrême-droite française
Ainsi, Nicolas Sarkozy s'est rendu, aujourd'hui, à Toulon pour parler... d'immigration. Déplacement sans rapport aucun avec les élections législatives, avait prévenu le service de presse du Palais de l'Élysée. Fort malheureusement, cette assurance n'était qu'un leurre, puisque la moitié de l'intervention faite lors d'une "cérémonie de remise de décrets de naturalisation" concernait ce sujet.
Une intervention d'une médiocrité et d'une vacuité assez révélatrice d'une méthode : l'annonce d'un discours ("le président de la République Nicolas Sarkozy se rendra à Toulon pour intervenir sur l'immigration afin de rassurer les électeurs de l'extrême-droite sur son volontarisme en la matière") étant finalement bien plus importante que le contenu du discours lui-même.
Une intervention dans laquelle le président de la République s'est cependant livré à un exercice (toujours périlleux) : établir la liste des "principes fondamentaux de la Nation" : "l’égalité des droits, l’égalité absolue entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations, l’obligation scolaire, la valeur du travail, le respect des biens et de la personne d’autrui, la tolérance, le respect de l’environnement".
Voilà. c'est tout. Pas de principe de laïcité, pas de principe de liberté, pas de principe de décentralisation, pas de principe de solidarité entre les personnes riches et les personnes pauvres, etc. Beaucoup d'oublis qui inquiètent, à priori. Et, malheureusement, ce inquiétudes sont largement confortées par un autre passage du discours présidentiel.
En effet, citant, les "bâtisseurs célèbres de notre Nation", Nicolas Sarkozy a entrepris la constitution d'une nouvelle liste limitative. Ainsi, les "bâtisseurs" de la Nation seraient "Clovis, Philippe-Auguste, Jeanne d’Arc, Henri IV, Bonaparte, Charles de Gaulle".
Les révolutionnaires ? Ils n'ont pas existé, ou tout du moins, ils ne méritent pas la considération présidentielle. Le front populaire ? N'en parlons pas. Des résistants non plus. Montesquieu, l'un des théoriciens du principe de séparation des pouvoirs (violé, sans cesse, à vrau dire, par le président) est lui aussi ignoré, tout comme la Commune, et, finalement, les Républiques successives.
Ainsi, hormis Charles de Gaulle, les seuls français "bâtisseurs" de la Nation seraient des défenseurs d'un pouvoir absolu et despotique. Mais surtout des symboles très anciens de l'extrême-droite française. Et le gage donné est, certes symbolique, mais important.
Mais, revenons, enfin, sur l'immigration : il serait intéressant et extrêmement utile que chacun mette en perspective les "quotas" de reconduites à la frontière imposés par messieurs Sarkozy et Hortefeux aux Préfets avec l'histoire relatée par Maître Eolas sur son blog :
"Pour qu'un enfant de deux ans meure, il n'est « pas indispensable » que
son père, sa seule famille en France, soit là pour lui tenir la main"

