12 mars 2008
Discours de Toulon (2) : Nicolas Sarkozy contre Nicolas Sarkozy ?
Revenons un instant sur le "discours de Toulon" prononcé par Nicolas Sarkozy hier, et admirablement traité, sur le site de la section de Toulon de la Ligue des Droits de l'Homme.
Hier, donc, Nicolas Sarkozy a prétendu donner des gages à l'extrême-droite française, afin d'aider "non loin d'ici Christian Estrosi".
Le conseiller qui a écrit le discours présidentiel a cru bon de lui faire citer Ernest Renan, philosophe français du XIXème siècle, auteur de "la vie de jésus", de "l'histoire des origines du christianisme", longtemps anti-républicain, et partisan du suffrage censitaire.
Paraphrasant, donc, Renan dans "qu'est-ce qu'une nation" (1882), le président de la République a affirmé que "une nation c’est une âme, un principe spirituel. Deux choses constituent cette âme. La possession en commun d’un riche legs de souvenirs et le consentement actuel, c'est-à-dire le désir de vivre ensemble". Or cette citation est la définition même de la conception dite "de l'association volontaire", dite "conception française".
Or, comme le remarquait le professeur Jean Leca, dans l'ouvrage universitaire collectif "Logiques d'Etat et immigration" en 1992, cette conception est la justification du jus soli, ou "droit du sol" principe fondateur du droit de la nationalité en France, en opposition à la théorie "naturaliste", ou "allemande", qui voudrait que pour appartenir à un même "peuple primitif" (J.G Fichte, in "Discours à la nation allemande", 1807), fondant, elle le jus sanguinis, ou "droit du sang".
Mais qui peut croire en ce discours quand le gouvernement annonce, par la voix de Christian Estrosi, vouloir mettre en place un régime d'exception et prendre, à Mayotte "une décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de
parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son
appartenance à la nationalité française" (sur France 2, le 22 février dernier) ?
Mais qui peut croire un instant en la sincérité de Nicolas Sarkozy quand celui-ci, ministre de l'Intérieur puis président de la République, n'a eu de cesse de durcir les conditions d'entrée et de séjour des immigrés, et, à Toulon hier exaltait encore le concept absurde "d'immigration maitrisée" ou "d'immigration choisie" ?

