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20 mars 2008

Objectif prioritaire de la droite : entraver l'accès à la nationalité française des étrangers

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Il arrive que certains pensent que la gauche et la droite, finalement, "c'est la même chose". Il est remarquable de constater que la majorité actuelle, qui gouverne notre pays depuis six années, a tenté, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, de confirmer cette thèse en associant des ministres prétendument de gauche à son action. C'est faux. C'est un mensonge éhonté.

La preuve du clivage gauche droite, nous allons la voir. Et un seul chiffre suffit : - 12,8%.

L'État freine volontairement l'accession à la nationalité française des immigrés


Le chiffre a été révélé lundi : depuis 2004, le nombre d’étrangers ayant obtenu la nationalité française a (lourdement) chuté de 168.826 à 147.868 en 2006 (soit -12,8% sur ces deux années) et cette régression, la plus importante depuis la fin du régime de Vichy, s'est accélérée en 2007.

Pour les acquisitions de la nationalité française par décret et par mariage, (les deux principales voies d’accès à la nationalité) la baisse atteint 24,6% en trois ans (soit de 133.808 à 100.820).

Est-ce un simple phénomène sociologique et démographique ? Pas du tout, répond le gouvernement, c'est grâce à un "long travail législatif".

Et le site Médiapart.com d'analyser : "Obtenir une carte d’identité en se mariant à un Français a longtemps été la manière la plus simple pour devenir français. Ce n’est plus le cas depuis la promulgation des deux lois Sarkozy sur l’immigration, celles de 2003 et 2006, qui ont modifié le Code civil. Au nom de la lutte contre les mariages blancs, les délais nécessaires pour bénéficier de la procédure ont été allongés, passant d’un an à quatre ans de vie commune". (Pour les personnes ayant résidé moins de trois ans sur le territoire après leur mariage, elles doivent attendre cinq ans).

Par ailleurs, la présence d’un enfant du couple (qu'il soit né avant ou après le mariage), ne permet plus d’obtenir de dérogation.

Des lois qui excluent, des lois xénophobes, au sens propre du mot, qui favorisent ouvertement "l'immigration choisie", ainsi que le développement à l'extrême du concept "d'identité nationale" ont peu à peu entraîné le déclin de solidarités anciennes, qui dépassaient, voire infirmaient, l'antinomie étranger/français.
 
La pression anti-migratoire devrait s’accentuer cette année encore, selon le sous-directeur des naturalisations, Jacques Bécot, au ministère de l’Immigration, interrogé par le site, qui indique fièrement que les nouveaux durcissements législatifs, et ceux à venir "devraient se traduire par un creux des nouvelles naturalisations en 2008", et une baisse d'environ 50% sur un an.

A Toulon, dans son discours électoraliste sur l'immigration, le président de la République vantait une "nation ouverte et accueillante", lors d'une cérémonie dans laquelle il tenait à avertir que "la naturalisation n'a rien d'automatique, elle n'est pas donnée à tout le monde", et sommant les impétrants "d'aimer et de respecter" leur pays, et de tranmettre "cette passion" à leur enfants. Et de les avertir : "en devenant français, vous vous mettez au service de la France. Notre pays est confronté à de nombreux défis" dont, bien entendu "la démographie".

Quand l'Etat voulait fêter les naturaliser et intégrer les étrangers...


Le 7 avril 1988, dans une "Lettre au français", un autre président de la République, François Mitterrand exposait son programme pour la République. Et la nationalité tint une grane part dans son projet. Parce que cet extrait marque bien la différence entre la gauche et la droite, celui-ci est reproduit in extenso ci-dessous.

Lettre aux Français
Par François Mitterrand

Depuis des siècles, les enfants qui naissent en France de parents étrangers sont français. C'est ce qu'on nomme le droit du sol. Je crois que, seul, le régime de Vichy, sous l'occupation allemande, a manqué à ce droit. Georges Pompidou, qui fut le dernier à retoucher le code de la nationalité, l'a respecté. Les enfants d'immigrés nés en France peuvent, à dix-huit ans, opter pour la nationalité de leurs parents.

Mais ils n'ont aucun geste à faire pour devenir français. Ils le sont. Pourquoi changer cela ? La France s'en est fort bien portée jusqu'ici.

Mais une confusion a embrouillé cette question pourtant simple. Vous savez que parmi les immigrés qui séjournent chez nous pour trouver du travail ou chercher un asile, certains déposent une demande de naturalisation. Ils n'étaient pas Français, ils aspirent à le devenir. Rien à voir avec le problème précédent. Ils font alors l'objet d'enquêtes minutieuses, ils remplissent des formulaires compliqués.

Une remarque au passage : nous nous honorerions en rendant les procédures moins humiliantes. Attentes interminables et répétées, rebuffades, délais excessifs. Finalement le rythme des naturalisations reste à peu près le même chaque année. Du commencement à la fin, l'administration demeure entièrement maîtresse de la décision. On ne voit pas quelle garantie supplémentaire pourrait être exigée. Voilà pourquoi je comprends mal (et n'excuse pas) le regain de racisme auquel nous assistons et l'ampleur prise par ce débat dans notre politique intérieure. Je regrette même que le nouveau citoyen français soit accueilli d'une façon si plate, si poussiéreuse.

J'aimerais que les naturalisés de l'année fussent reçus comme pour une fête, de façon solennelle et joyeuse, par le maire et dans sa mairie, là où ils résident. On respirerait mieux en France.

Posté par jurisconsult à 10:55 - Droits de l'Homme - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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