28 mars 2008
Eric Woerth explique le flop monumental de l'action de Nicolas Sarkozy en se défaussant sur les collectivités
Le ministre du Budget, Eric Woerth a confirmé, aujourd'hui ce qu'il niait farouchement il y a moins de deux semaines, sur les plateaux de télévision :
Oui, admet-il, l'INSEE chiffre le
déficit du budget de l'Etat à 2,7% du PIB en 2007, soit plus de "50 et quelques" milliards d’euros de déficit. Oui, "c’est vrai, le déficit est supérieur à ce qui été prévu, puisque nous
avions prévu, tenté d’atteindre un objectif qui était celui de 2,4%".
Alors que les engagements européens de la France lui font obligation d'assainir ses finances, le ministre reconnait que les promesses du président de la République et du premier Ministre ne seront pas respectées. François Fillon qui déclarait jeudi, au sénat, que "le projet de loi de finances pour 2009 sera une étape décisive
pour le retour à l'équilibre des comptes publics, ce que l'on n'a pas
vu depuis trente-deux ans". L'objectif, aujourd'hui ? "2010 si la croissance le permet, 2012 en tout état de
cause". Et comme les prévisions de croissance du gouvernement sont tombées de 2,25% (hypothèse sur laquelle est construit le budget) à 1,7%, tout laisse à penser que 2012 relève de la lubie.
Mais, attention, pour monsieur Woerth, pas question de remettre en cause le rôle absolument dévastateur du "paquet fiscal" voté suite à l'élection de Nicolas Sarkozy pour un coup net estimé à plusieurs milliards d'euros pour les derniers mois de 2007, et 15 milliards en année pleine. Pas question de remettre en cause le dérapage de certaines dépenses pour satisfaire des besoins catégoriels. Pa question non plus d'admettre que cette politique a littéralement accompagné le freinage de la croissance du PIB.
Non, pour le gouvernement, la réponse est simple : le coupable, ce sont les collectivités territoriales.
Mardi, lors des questions au gouvernement, Olivier Dussopt, député socialiste avait clairement posé le débat : "le budget voté pour 2008 [a] déjà gelé
7 milliards d’euros, ce qui nourrit des inquiétudes sur les fonds
d’investissement à disposition des collectivités locales, sur le nombre
d’emplois aidés et sur les dotations, qui se trouvent remises en cause,
notamment avec la fin du contrat de croissance.
La diminution de toutes ces allocations versées aux collectivités locales les contraindra soit à faire peser sur les Français une fiscalité locale injuste, due à l’absence de compensation et au désengagement de l’État, soit à choisir, parmi les priorités, celles auxquelles elles devront répondre, ce qui reviendra à créer une France à deux vitesses, dans laquelle les droits et les protections varieront en fonction du lieu d’habitation et des capacités financières de la commune"
Et le ministre de dénoncer "un dérapage des
dépenses des collectivités locales de 0,2 point" et "une
augmentation du rythme des dépenses des collectivités locales" (au passage, sévère bilan pour les exécutifs locaux de droite...), qui "ne dégagent pas suffisamment
d’autofinancement pour financer leurs investissements", c'est à dire qui n'arrivent pas à palier les désengagements de l'État.
Or il se trouve que les budgets des collectivités ne sont aucunement intégrés au budget de l'État, d'autant qu'elles ont l'interdiction formelle de présenter des comptes déficitaires, contrairement au pouvoir central. C'est donc un mensonge éhonté auquel se livre le ministre pour justifier ce que tout le monde sait.
Ah au fait, petite devinette : à quoi correspond le 0,1% restant dans l'augmentation des déficits publics ? Réponse du ministre : "à un retraitement comptable"...
Commentaires
un mensonge éhonté,mais pas très nouveau, et attendu, et qui a toute chance de s'accentuer (en même temps que la défausse du "pouvoir central")
pour les prévisions n'est ce pas une des raisons des remarques acides du ministre allemand qu'avaient si mal pris notre impérator ?
Je connaissais pour ma part la rhétorique gouvernementale visant à faire croire que les collectivités de gauche allaient diminuer le pouvoir d'achat des français, mais c'est une nouveauté que de dire que "les collectivités locales" seraient des vecteurs du déficit de l'Etat, alors même qu'elles sont soumises à l'obligation d'équilibre budgétaire.
Monsieur Woerth semble aux abois, et cela ne présage rien de bon...
"C'est pas moi, m'sieur, c'est lui !"
Et ça risque de s'accentuer maintenant que les villes et les régions (et encore plus de départements) sont passés à gauche, "forcément", c'est la faute à tous ces dépensiers.
Je crois vraiment qu'ils sont tous allés "à la soupe" au moment de l'élection de Sarkozy, tout le monde s'est servi, sachant qu'une grosse crise se profilait à l'horizon. De toutes façons, Sarkozy l'a dit plus ou moins "après moi le déluge..."
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