10 avril 2008
Nathalie Kosciusko-Morizet victime de fauchage volontaire ?
Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) secrétaire d'État à l'Écologie est, depuis mardi, au centre d'une polémique assez extraordinaire et animée, fait exceptionnel, au sein de sa propre "famille" politique.
Rappel des faits : dans la nuit du mercredi 2 au jeudi 3, l'Assemblée
nationale a adopté un amendement, le numéro 252 déposé par André Chassaigne, Jean-Pierre Brard et le groupe GDR de l'Assemblée nationale (prévoyant que la commercialisation et l’utilisation d'OGM ne peuvent se faire que "dans le respect des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et commerciales et en toute transparence"), malgré l'opposition de la FNSEA (qui a rédigé ou inspiré la quasi-totalité
des amendements de la droite), du groupe UMP et de la commission.
Mardi matin, lors de la réunion du groupe UMP, Jean-François Copé a violemment attaqué Nathalie Kosciusko-Morizet, avec le soutien actif de François Fillon, Jean-Louis Borloo,
Valérie Pécresse et Michel Barnier, s'autorisant même le luxe dire, lors d'une conférence de presse, tenue avec François Fillon, que la secrétaire générale adjointe de son parti est "la source du problème" au sujet de la loi sur les OGM.
Apprenant cela, et piquée au vif, la secrétaire d'État a répliqué avec une exceptionnelle franchise et beaucoup de colère dans un entretien accordé au journal "Le Monde" (cf. interview) contre "un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum [...] Copé n'arrive pas à tenir le groupe. Quant à Jean-Louis [Borloo], j'attends avec impatience qu'il vienne exprimer la parole unique du gouvernement dans l'Hémicycle. Quand il veut, il vient".
Le président du groupe UMP avait déjà été rididiculisé publiquement par le député socialiste du Gers, Philippe Martin, qui a provoqué la colère de Jean-François Copé en révélant qu'il était "victime d’une contamination de [sa] messagerie Internet depuis deux jours". En effet, il explique : "me nommant Philippe Martin comme un collègue de la majorité, je suis victime d’une contamination de ma messagerie Internet depuis deux jours. Bien que j’appartienne au groupe socialiste, voici le type de messages que je reçois : « Le groupe UMP est en difficulté, car il n’y a pas assez de députés pour voter. Pourriez-vous vous rendre dans l’hémicycle dès que possible ? » Je demande que le groupe UMP respecte les distances de contamination à l’égard du groupe socialiste ! De même que je réclame un monde sans OGM, je veux pouvoir légiférer sans l’UMP !".
François Fillon, furieux, décida alors de "punir" sa ministre : interdite de toute apparition à l'Assemblée nationale mercredi, elle sera privée de voyage au Japon, et obligée de présenter ses "excuses publiques", ce qu'elle fit.
Cet épisode est révélateur des pratiques et de l'état d'esprit à l'œuvre au gouvernement. Il s'agit de bien plus que des petites tensions habituelles : rarement une remise en cause d'une ministre avait été autant médiatisée, et jamais un premier Ministre n'y avait pris part de la sorte. D'aucuns s'interrogent sur la fronde "filloniste" à l'encontre de celle qui vient d'être nommée, par Nicolas Sarkozy, contre l'avis de François Fillon, pour encadrer le parti majoritaire aux côtés de Xavier Bertrand.
>> Pour signer la pétition de soutien à "l'amendement 252"
Pour les maires, la remise en cause de la carte militaire va "fragiliser gravement certains territoires"
Crédits : 3e RG
Par un communiqué de presse daté de mardi et publié hier, l’Association des
maires de France (AMF), présidée par l'UMP Jacques Pélissard, s'est insurgée contre le projet de réforme de la carte militaire, y voyant un risque de "fragiliser gravement certains territoires".
De nombreux maires de
villes de garnisons avaient saisi l'AMF sur le projet de suppression de nombreuses structures de l'armée de terre, dont ils avaient eu connaissance par la presse, malgré de vibrantes promesses, faites par Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants, "d’associer les parlementaires et, plus généralement, les élus locaux, à la mise en œuvre de cette réforme".
C'est en leur nom que l’AMF indique avoir immédiatement saisi le ministre de la Défense pour exiger de connaitre "le contenu exact de ce projet de réforme [afin] de mesurer l’impact de ces annonces sur les
territoires concernés, et notamment ceux connaissant des difficultés
économiques".
Les élus locaux, de droite et de gauche, jugent "indispensable de mettre en perspective cette réforme avec
celle de la carte judiciaire et celle de la future carte hospitalière,
de façon à ne pas fragiliser plus gravement certains territoires". En effet, plusieurs villes risquent de se trouver, et cela surtout dans des zones économiquement fragiles, dans une sorte de "no man's land" en terme de services publics. Ainsi, Claudine Ledoux, maire de Charleville-Mézières a-t-elle appris, dans la presse, la dissolution envisagée du 3ème Régiment du Génie, fort de 1000 hommes et de 7 unités, alors même que sa ville est gravement touchée par la suppression du pôle de l'instruction du TGI et le départ du Tribunal Correctionnel, ainsi, sans doute, que par la "restructuration", en cours, de la carte hospitalière.
C'est pour cela que l'AMF demande que l'on se rappelle du fiasco engendré par la méthode lamentable de la liquidation de la carte judiciaire et exige "que cette question fasse l’objet d’une
information officielle et qu’une concertation avec les maires des
communes touchées soit organisée dans les meilleurs délais" et que des mesures, comme la déconcentration de certaines divisions de ministères (annoncée par Nicolas Sarkozy lors de la présentation de la Révision générale des politiques publiques) "contribuent à compenser pour partie les conséquences de la
réorganisation militaire".
Les élus locaux, et certains experts émettent également leur stupéfaction et leur inquiétude face à l'incongruité qui consiste à faire annoncer par la presse la dissolution de nombreux régiments et garnisons, alors même que l'on confie à l'armée des missions de plus en plus nombreuses et de plus en plus larges : poursuite de la professionnalisation, écoles de la deuxième chance, maintien de l'ordre en France, plan vigipirate, etc. et alors que l'on annonce un renforcement par la France de son contingent militaire en Afghanistan. La réforme de la carte militaire, qui s'accompagnera, selon les orientations tracées par le président de la République, d'une diminution de la dotation budgétaire et des effectifs, ne saurait être sans impact sur les missions assurées.


