13 avril 2008
Les prix des céréales augmentent et affament les pays pauvres
"La facture des importations céréalières des pays les plus pauvres du monde devrait augmenter de 56% en 2007/2008 après une hausse significative de 37% en 2006/2007". C'est le constat alarmant dressé par l'Organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Et, bien entendu, ce sont les pays les moins responsables de ces déséquilibres mondiaux et bénéficiant du moins de marges de manoeuvre qui seront les plus lourdement impactés, puisque l'analyse des perspectives de récoltes et de la situation alimentaire de la FAO indique que "pour les pays à faible revenu et déficit alimentaire en Afrique, cette facture devrait augmenter de 74 %", une hausse "due à l'envolée des cours internationaux des céréales, des tarifs du fret et du prix du baril de pétrole".
L'exprlication est simple : "la flambée des prix des denrées alimentaires frappe plus durement les pauvres, car la part de l'alimentation dans leurs dépenses totales est beaucoup plus élevée que celle des populations aisées", a fait observer Henri Josserand du Système mondial d'information et d'alerte rapide de la FAO.
Et ces causes ne sont donc pas dues, contrairement aux arguments fallacieux propagés par les lobbyes de l'industrie agricole hyper-productiviste, à des circonstances naturelles, ou à l'opposition (de plus en plus grande partout dans le monde) aux manipulations génétiques des plantes, mais bel et bien à une économie de marché toute puissante et non-régulée, ou mal régulée.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ce sont les prix du riz et du maïs qui ont le plus augmenté selon la FAO, "suite à l'imposition
de nouvelles restrictions à l'exportation par les principaux pays
exportateurs". Fin mars, les prix du blé et du riz avaient doublé par
rapport à ceux observés un an plus tôt et les prix du maïs avaient
augmenté de plus d'un tiers. La pénurie a été organisée par les grands semanciers, pour faire augmenter les prix et ainsi gagner plus d'argent, y compris en détruisant des stocks pour cause de surproduction. Les rodomontades de personnalités telles que Michel Barnier, qui en appelle à "une initiative européenne pour la sécurité alimentaire" sont donc à la fois choquantes et indécentes.
Face à la flambée de l'IFPA (indice des prix des denrées alimentaires), l'action de la FAO, qui dispose cependant de moyens dérisoires, se concentre sur l'action locale des pays en développement, avec "une assistance technique et en matière de politique pour aider les agriculteurs vulnérables à accroître leur production".
Le 16 octobre dernier, Ban Ki-moon, Secrétaire Général de l'ONU avait déjà rappelé que "le droit à l'alimentation, inscrit
dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, ne profite pas à
854 millions de personnes dans le monde, un chiffre en progression ces
dernières années".
Et avec la hausse des tarifs des céréales, ce sont les prix du pain, du lait, de
l'huile, du soja et d'autres produits de base qui se sont, selon les experts, littéralement "envolés" ces
derniers mois dans nombre de pays en développement.
Et des émeutes de la faim ont été signalées en Égypte, au Cameroun, en
Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, en Éthiopie, en Indonésie,
à Madagascar, aux Philippines et en Haïti. La faim est aujourd'hui un risque sérieux de conflits internationaux ou mondiaux.
Reste une interrogation : comment en est-on arrivés aussi vite à un tel point, alors même que la production céréalière
mondiale en 2008 devrait augmenter de 2,6 % pour atteindre le niveau record
de 2,12 milliards de tonnes ?
Très simple : en plus des aléas climatiques, les pays riches souhaitent mettre en place une filière industrielle de production massive de biocarburants dont l'éthanol, une méthode qualifiée par Jean Ziegler, rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de l'ONU, sans ambiguité aucune, de "crime contre l'humanité lorsque l'on convertit un sol productif pour l'alimentation en terre à produire du biocarburant"...
>> FAO : Perspectives de récoltes et situation alimentaire
>> A lire : La FAO tire la sonnette d’alarme face aux émeutes de la faim

