Que ceux qui ne connaissent pas Michel Foucault lèvent le doigt et soient punis !

 

Michel Foucault1, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 25 juin 1984 à Paris, est un philosophe français. Il est l'auteur majeur des recherches en sciences sociales du XXème sièce.

En contradiction avec d'aures auteurs, psychiatres, psychanalystes, ou philosophes, Foucault a élaboré une histoire de la perversion prise comme un tout. Non pas une perversion particulière, comme l'homosexualité masculine ou le sado-masochisme, mais la perversion en soi. Il a donc élargi l'analyse de façon considérable. Il a produit, non pas une théorie de l'histoire de l'homosexualité, mais une sorte de théorie générale du champ de la sexualité.

Et il a relié quatre évolutions extrêmement importantes, relativement autonomes, mais liées en profondeur : les luttes contre la masturbation et la reconfiguration de la sexualité infantile ; la médicalisation de la variation sexuelle et sa transformation en perversion sexuelle ; la réorganisation du rôle des femmes et de la famille ; et l'intrusion croissante des États-nations dans la vie biologique des citoyens. Tout cela nous semble évident aujourd'hui, mais à l'époque, la façon dont Foucault a articulé ces phénomènes était à la fois extrêmement claire et audacieuse. Il a également brillamment saisi les liens entre l'émergence de la sexualité et l'émergence de théories et de politiques raciales, et il a vraiment bien vu comment s'articulaient les discours émergents sur le sexe et sur la race, et la relation qu'ils entretiennent avec le développement de la médecine et le développement du contrôle exercé par l'État. Son  uvre théorise le racisme d'État, qui certes n'était pas le thème central du livre, mais en était bien un thème central. Et il a, je crois à très juste titre, vu que Freud s'opposait aux théories de l'hérédité que l'on trouvait dans à peu près toute la sexologie de la fin du 19e siècle. Dans ses Essais de 1905, Freud cite les figures les plus importantes de la littérature sur la perversion, mais sa position le distingue de la plupart de ces auteurs. En particulier, il rejette les conceptions alors hégémoniques suivant lesquelles les « aberrations » sexuelles sont congénitales ou sont une forme de dégénérescence. Alfred Binet aussi pensait que la variation sexuelle est acquise, puisqu'il disait que le fétichisme était acquis. L'immense majorité des autres auteurs du temps défendaient l'idée que les « aberrations » étaient héritées. Foucault a très bien vu que Freud s'opposait à ces théories.

J'aime aussi profondément sa conception très anthropologique de la classification. L'une des premières choses qu'apprennent les anthropologues, c'est que différentes populations ont différentes manières de classifier le monde, et que le fait que nous soyons élevés avec l'une de ces classifications ne signifie pas que le monde est vraiment classifié comme nous le voyons. Foucault a repris cette idée anthropologique fondamentale qui veut que les classifications soient arbitraires, historiquement et culturellement contingentes, et l'a appliquée à la sexualité. Ce qui lui a permis de formuler cette idée très subtile ­ et c'est une idée que je n'ai pas fini d'intégrer puisque j'ai tendance à utiliser « sexualité » comme un terme descriptif renvoyant à tout ce qui a trait au désir, aux organes génitaux, à l'orgasme, etc. ­ que sous la catégorie de ce que nous appelons « sexualité », nous rangeons des éléments divers auxquels nous donnons un nom, et nous pensons qu'ils vont naturellement ensemble. Dans d'autres époques ou dans d'autres cultures, ces assemblages sont divisés, arrangés et organisés différemment. Autrement dit, cette chose à laquelle nous donnons le nom de « sexualité » n'existe pas ! Son approche de la classification le situe à la fois dans la tradition anthropologique et sociologique française : je retrouve souvent dans son travail les traces de Durkheim ou de Mauss.

Enfin, Foucault a vu que le sexe, et le système des partenaires sexuels, est déployé de façon très différente dans les sociétés de parentés et les « sociétés de sexualité ». Les sociétés occidentales industrielles modernes ont refaçonné toute la gamme des expériences corporelles et des pratiques sociales pour en faire des choses très différentes. Depuis la deuxième moitié du 19e siècle, les plus grands noms des sciences sociales, comme Marx, Durkheim ou Weber ont tous essayé de comprendre pourquoi nos sociétés occidentales industrielles modernes sont si différentes des sociétés traditionnelles. Et en réalité, ce qu'a fait Foucault, c'est ajouter la dimension sexuelle à la série fondamentale de questions qui ont intéressé les sciences sociales dès l'origine.