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08 septembre 2009

Carbone : le temps de la responsabilité et de la solidarité

En plein débat sur la Contribution Climat Energie, vous trouverez ci-dessous une très intéressante tribune publiée par Médiapart, et co-signée par Sandrine Bélier, Yannick Jadot, ainsi que par Noël Mamère, Yves Cochet et François de Rugy et le pôle écologique du PS.

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http://www.mediapart.fr/club/edition/article/080909/carbone-le-temps-de-la-responsabilite-et-de-la-solidarite

Pour quinze députés, Verts et membres du pôle écologique du PS, et députés européens Europe Ecologie, signataires de ce texte, la voie est étroite entre «la démagogie anti-fiscale» et «les aménagements et les renoncements» qui vident la contribution climat énergie de son sens.   


Pour Jean Monnet, « nous n'avons le choix qu'entre les changements que nous aurons su vouloir et accomplir et ceux qui nous seront imposés ». La prise de conscience de ce que représente le défi climatique pour l'avenir de nos sociétés et des efforts qu'il faudra accomplir pour le relever progresse. L'idée que l'inaction finira par coûter plus cher économiquement et socialement que l'action fait son chemin. Mais, dès lors qu'il s'agit d'envisager concrètement une mesure mettant à contribution chacun d'entre nous, les résistances et les oppositions se dressent. C'est compréhensible de la part de nos concitoyens tant que le travail d'explication n'a pas eu lieu. Mais ça l'est beaucoup moins de la part de dirigeants politiques qui prétendent conduire notre destinée collective. Les belles proclamations sur la nécessité de prendre en compte l'urgence écologique s'évanouissent devant la démagogie et l'électoralisme.


L'irruption du débat sur la contribution climat énergie en cette rentrée politique en est l'illustration. Nul n'ignore que le feu couvait sous la cendre, au PS, mais aussi, bien sûr, à l'UMP. De retour de vacances, les députés de la majorité ont commencé à exprimer leur opposition au projet de taxe carbone, même largement édulcoré, que porte encore le gouvernement.


Si l'on ajoute à cela l'opposition frontale des extrêmes, à droite comme à gauche, les conditions sont réunies pour que la classe politique choisisse de remettre au placard l'une des principales propositions du Pacte écologique de Nicolas Hulot, une proposition fédérant toutes les associations environnementales.

Au-delà de la question du prix de la tonne de carbone, et de celle, cruciale, des modalités de redistribution, de quoi s'agit-il ? Rien de moins que de choisir d'avancer vers la transformation écologique de notre économie et de notre société.

Il y a vingt ans déjà, à  la veille du premier sommet de la terre à Rio, un premier projet de taxe carbone, d'envergure européenne, a échoué, victime des égoïsmes nationaux. Aujourd'hui, c'est la démagogie anti-fiscale qui risque de disqualifier, et pour longtemps, la possibilité de construire un consensus national autour de ce qui peut constituer une avancée majeure dans la voie de la responsabilité collective.

 Si rien n'est fait pour limiter, maintenant, la dépendance de notre société et de notre économie à l'égard du carbone, alors, soyons en certains, comme Cécile Duflot le déclarait à La Rochelle, «demain, ce seront les prolos qui paieront la facture la plus lourde». Nos sociétés n'ont plus le choix; soit elles prennent dès maintenant des mesures, certes contraignantes, mais solidaires pour faire face aux chocs climatique et énergétique soit elles les subiront demain dans l'improvisation et l'injustice.

Certains croient peut-être que l'on pourrait s'en remettre au marché : sans la moindre anticipation, le choc des prix de l'énergie sera brutal. Les conséquences sociales seront dramatiques.


Tel est l'enjeu de la création de la contribution climat énergie : permettre à chacun d'adapter son comportement et ses modes de consommation progressivement.


Pour être réellement efficace, socialement et environnementalement, la contribution climat-énergie doit remplir trois conditions, que le gouvernement ne semble malheureusement pas disposé à mettre en œuvre.


Le périmètre de cette contribution doit inclure impérativement le secteur de l'électricité et pas seulement celui des énergies fossiles. Pour deux raisons : une partie de notre électricité est produite par des centrales thermiques, de plus il n'est pas souhaitable d'encourager le chauffage électrique, coûteux en particulier pour les ménages modestes. L'objectif de la contribution Climat Energie ne peut se réduire à une taxe carbone qui privilégie une énergie par rapport aux autres mais doit favoriser les économies d'énergie.


Le « signal prix » doit être suffisamment clair pour modifier les comportements. Cela signifie qu'à moins de 32 euros la tonne de carbone, niveau proposé par la commission Rocard, il est peu vraisemblable que cette contribution ait un impact significatif, la hausse du prix de l'énergie n'étant pas suffisamment sensible, ni suffisamment certaine, pour que les utilisateurs modifient leur consommation.  L'Allemagne a instauré une taxe carbone sous-évaluée qui n'ayant pas produit d'effets sensibles sur la consommation est contestée. A contrario, la Suède en a instauré une dès les années 1990 et a obtenu les meilleurs résultats d'Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C'est par ailleurs la social-démocratie la plus souvent citée comme modèle en Europe...


Il faut fixer un prix adapté dès la création de la contribution, avec un prix qui augmente progressivement avec les années comme le prévoit le rapport Rocard.


Enfin, il faut que la contribution climat énergie ne pénalise pas les ménages les plus modestes ou les plus contraints (habitants des zones rurales) ou les artisans et les TPE/PME qui n'ont pas le choix, pour le moment, de leurs modes de transport ou de chauffage.


Il est clair que la condition de l'acceptabilité  de la contribution climat énergie est qu'elle ne contribue pas à  creuser les inégalités. Au contraire, elle doit être un premier pas sur la voie de la solidarité à construire face à l'injustice climatique.


Cela signifie que l'intégralité  du produit de cette contribution devra être reversée aux ménages et aux entreprises qui la payeront. La contribution Climat Energie n'est pas un impôt supplémentaire destiné à dégager des ressources nouvelles pour combler partiellement un déficit ou remplacer un impôt supprimé. Elle est une incitation à changer de comportements. Plusieurs mécanismes redistributifs ont été évoqués. Le plus simple et le plus lisible consiste à reverser aux ménages et aux entreprises de la manière la plus égalitaire possible le produit de cette taxe sous la forme d'un chèque vert. C'est précisément ce qui permet à chacun d'accompagner financièrement les changements de comportement et de récompenser ceux qui font le plus d'efforts en la matière. D'autres mesures plus ciblées sont envisageables, notamment pour les zones les moins bien desservies par les transports en commun.


Au-delà de ces mesures, cette contribution doit être incluse dans un «paquet énergie/climat» d'ensemble, prévoyant notamment une contribution supplémentaire des grandes entreprises, des compagnies pétrolières et des grands groupes énergétiques qui font des bénéfices.


La contribution climat énergie prend tout son sens dans le cadre d'un plan d'action en faveur des transports en commun ou du covoiturage d'une part et de mesures pour l'isolation des logements pour les économies de chauffage d‘autre part.


En effet, il importe que notre pays s'engage vers la sortie du pétrole et invente les dispositifs d'accompagnement de tous dans la transition énergétique et écologique. Sans cette perspective, la contribution climat énergie risque, faute d'un sens commun et d'une portée collective, de n'être qu'un coup d'épée dans l'eau.


Telles sont les conditions qui nous paraissent devoir être remplies pour assurer le succès de la contribution énergie climat. Face à la responsabilité qui est la notre vis-à-vis des générations futures nous n'avons pas le droit de rater sa création. C'est pourquoi nous appelons à suivre le chemin difficile refusant d'un côté les renoncements et les aménagements qui tentent le gouvernement et récusant de l'autre les facilités de la démagogie anti-fiscale qui tente certains de ses opposants. 


Les députés Verts : Yves Cochet, François de Rugy et Noël Mamère


Les députés européens d'Europe Ecologie : Sandrine Bélier, Yannick Jadot


Les députés et animateurs du Pôle écologique du Parti socialiste : Christophe Caresche, Pascal Deguilhem, Jean Launay, Geneviève Perrin-Gaillard, Philippe Plisson, Philippe Tourtelier, Géraud Guibert, Eric Loiselet.

29 juillet 2009

La Contribution Climat Energie, étape obligatoire vers l'éco-citoyenneté


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C'est hier que Michel Rocard, président de la conférence d'experts sur Contribution Climat Energie (CCE), a officiellement remis ses recommandations à Jean-Louis Borloo et à Christine Lagarde.

Le principe de la "taxe carbone" était en effet, l'on s'en souvient, l'une des propositions phares du pacte écologique de Nicolas Hulot, et résulte des travaux du Grenelle de l'environnement.

En juin, Nicolas Sarkozy avait officiellement affirmé qu'il souhaitait aller "le plus loin possible", alors que, en privé, il considérait que cette taxe était trop élevé, et qu'il semble acquis que l'option choisie se situe dans la fourchette la plus basse des préconisations des experts.

La principe de la CCE est de renchérir la consommation d'énergies polluantes afin d'inciter le report modal des entreprises et des ménages au profit de filières plus respectueuses de l'environnement. La CCE consisterait donc en une contribution de 32 euros par tonne de CO2 émise selon les recommandations, et ce dès janvier 2010. Ce montant serait majoré d'un taux de 5% annuel, qui amènerait la CCE à un niveau de 100 euros en 2030.

"Nous devons nous approprier au plus vite les travaux de cette conférence si nous voulons disposer dès l'an prochain d'une fiscalité verte" a dit hier le Premier Ministre François Fillon lundi à Leuglay (Côte-d'Or). Quant à "savoir quelles sont les modalités d'application de cette contribution énergie-climat, quel doit être son calendrier de mise en œuvre", la priorité du gouvernement est de temporiser, et de minimiser les conclusions rendues par la conférence des experts, parce que Nicolas Sarkozy et François Fillon craignent le vote sanction aux régionales de 2010.

Pourtant, la CCE est un mécanisme excellent, de justice sociale, qui permet d’anticiper la hausse naturelle des prix de l’énergie qui est une tendance inéluctable, au-delà des aléas de la conjoncture, puisque les matières premières diminuent. Le pire serait de ne rien faire. En témoigne le "rattrapage" que veut opérer EDF, avec une hausse de 20% de son tarif de référence.

La CCE est une mesure de bon sens servant à inciter à la diminution des conduites dommageables pour l'environnement au profit de méthodes "douces" (en matière de transports, report modal entre la voiture et le tram-train par exemple, ou entre l'avion et le train...).

La taxe carbone peut être un facteur de progrès social et environnemental, et c'est pourquoi les associations telles FNE, et les mouvements politiques tels Europe Ecologie et Les Verts appellent le gouvernement à discuter avec les partenaires sociaux et environnementaux à définir des mesures d'aide aux ménages les plus pauvres, qu sont souvent captifs de leur voiture ou de leur système énergétique, via, pourquoi pas, des chèques verts pour contribuer au report modal.

Il faut, bien entendu, que la CCE soit, et c'est son but premier, un instrument de redistribution (c'est à dire non inflationniste) : d'après les calculs, le montant estimatif de la collecte serait, au départ, de 8 Mds d'Euros (amené à baisser au fil du temps, grâce à l'effet "désincitatif"). Qu'en faire ? Mener une politique audacieuse en matière d'équipements publics et d'éco-citoyenneté, telles les aides à l'amélioration de l'habitat, à l'isolation, le développement des transports en commun, le développement de la biomasse, etc.

Ces solutions ont l'immense avantage de réduire l'empreinte énergétique, et de réduire durablement la consommation énergétique des ménages, ce qui revient à faire diminuer la facture pour les ménages.

Enfin, la taxe carbone doit être coordonnée au niveau européen, et c'est la volonté de la présidence suédoise de l'UE, pour compléter le système des quotas d’émissions négociables mis en place à l’échelle européenne.

Il faudra aussi que la réflexion dépasse le simple tropisme du "carbone", c'est à dire du CO² émis directement, et s'interroge à la fois sur les filières de production (la production d'uranium qui est dédiée à l'industrie nucléaire produit énormément de CO²) et sur les autres émissions de facteurs de réchauffement climatique, comme les particules fines, ou le méthane.

N'hésitons pas, et disons oui à la CCE, clairement oui, parce que demain commence aujourd'hui, mais à condition de ne pas en faire n'importe quoi, d'en faire un acte positif, et de faire oeuvre de pédagogie...

28 juillet 2009

LOPPSI 2 : La CNIL émet de vives réserves sur le texte du gouvernement (et de Nicolas Sarkozy) et prévoit des dérives



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La CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés) a rendu public, le 24 juillet, son avis rendu le 16 avril 2009 sur la LOPPSI 2 (projet de loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure), texte fondamental pour Nicolas Sarkozy, Président de la République et ancien ministre de l'Intérieur.

Dans son communiqué succinct de présentation, la CNIL a tenu à préciser "que le projet de texte sur lequel elle s’est prononcée le 16 avril 2009 est sensiblement différent de celui qui a été officiellement déposé à l’Assemblée Nationale", situation identique à celle de la loi Hadopi, qui avait permis à certains membres de la CNIL de soutenir un texte que ladite autorité indépendante avait lourdement condamné, au prétexte que le projet avait été profondément remanié. La CNIL a également protesté contre une saisine "à minima", puisque le gouvernement n'a sollicité son avis que sur sept articles du projet de loi, et ceci en violation de l’article 11 de la loi "informatique et libertés".

Et dès le début de l'avis, on entre dans le vif du sujet. Ainsi l'article Ier du projet de loi entend mettre en place, en matière de "criminalité organisée", un dispositif "ayant pour objet, sans le consentement des intéressés" en continu des données informatiques utilisées ou saisies sur un ordinateur, que ces données soient ou non destinées à être émises, et qu'elles empruntent ou non un réseau de communications électroniques. La CNIL relève que les garanties attachées à ce dispositif sont fortement dépendantes des projets de suppression du Juge d'Instruction, avant de préciser que, face à un tel dispositif, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a estimé "que l’introduction clandestine dans des systèmes informatiques de logiciels espions ne peut être autorisée que s’il existe réellement des éléments présentant une menace concrète sur l’intégrité corporelle, la vie, la liberté des personnes, ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation".

La CNIL s'élève contre la conservation, par les autorités, de données "non utiles à la manifestation de la vérité", contrairement à la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, et à ce qui avait été initialement prévu.

Encore plus grave, la LOPPSI 2 prévoit la mise en œuvre du dispositif de captation "dans tout type de point d'accès public à Internet (cybercafés ou bornes d'accès publiques)". La CNIL a été fortement choquée par "la portée de cette disposition, qui pourrait permettre l'enregistrement pendant une durée d'au plus huit mois, de tous les caractères saisis au clavier et de toutes les images affichées sur l’écran de tous les ordinateurs d'un point d'accès public à Internet, et ce à l'insu des utilisateurs". Non seulement, on ne conserve pas que les données utiles à la manifestation de la vérité, mais on espionne, durant des mois et des mois, l'ensemble des usagers d'un cybercafé, ou d'une borne wifi !

De plus, rien n'est explicitement prévu, par le Ministère de l'Intérieur, pour assurer la sécurisation des matériels et logiciels de captation. Une fois encore, la CNIL s'en émeut... mais sera-t-elle entendue ?

A l'article 4 du projet de loi, il est question de codification concernant les "fichiers judiciaires". L'occasion pour la CNIL de rappeler au législateur et au gouvernement le scandale que constituent les fichiers actuels, dont le STIC ou le FNAEG, systématiquement détournés de leur but originel, et très largement défaillants quant aux inscriptions qu'ils contiennent, à l'effacement des données, ou à leur mise à jour.

Encore une fois, en faisant semblant de "codifier", et de "simplifier", le Gouvernement entend "étendre l’utilisation des fichiers de police judiciaire à la lutte contre la petite et la moyenne délinquance de masse". On utilise contre les délinquants (l'abaissement du quantum de peine étant de 5 ans, il touche une grande partie de la "délinquance astucieuse" par exemple) une arme conçue contre les criminels en série. C'est exactement comme chasser un moustique à coup de 22 long rifle. Les atteintes aux libertés fondamentales sont-elles justifiées par le trouble causé par ces infractions ? Il est permis de s'interroger, d'autant que les taux d'élucidations sont globalement bons en ce qui concerne la petite délinquance... En changean d'ampleur, on "change la nature [de ces fichiers], car ils ne seront plus limités aux infractions les plus graves, porteront sur un nombre très important d’infractions et de personnes". C'est pour ces raisons que la CNIL, en renvoyant pourtant à un débat sur les aspects reglementaires, a émis un avis "extrêmement réservé".

A l'article 5, une nouvelle réforme des fichiers liés aux inractions sexuelles est prévue. On fiche encore plus, et on fixe encore plus de contraintes. Mais, bien pire encore, on ouvre largement la consultation du FIJAIS (fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles) : ainsi, l’article 706-53-7-2 modifié du code de procédure pénale étendrait l’accès existant des OPJ, qui ne serait plus limité aux seules "procédures concernant un crime d’atteinte volontaire à la vie, d’enlèvement ou de séquestration, ou une infraction mentionnée à l’article 706-47 et pour l’exercice des diligences prévues aux articles 706-53-5 et 706-53-8", comme c’est le cas actuellement, mais "ouvert à toute procédure" comme le souligne la CNIL.

De plus, les policiers pourraient désormais avoir un accès à la fois étendu au fichier, mais en plus en supprimant le contrôle préalable d'un magistrat. En effet, le ministère de l'Intérieur trouve que les pratiques des magistrats sont "trop restrictives", voire "disparates". En suppromant tout contrôle, on supprime le problème...

Les articles 6 et 8 du projet de LOPPSI, eux, entendent même utiliser, à des fins "d'enquête administrative" les fichiers judiciaires. Logiquement, la CNIL, qui "a toujours émis une réserve de principe sur la consultation des fichiers de police judiciaire à des fins d’enquête administrative" rappelle que, en plus de cette opposition de principe, les constatations effectuées lors du contrôle général du STIC en 2009 par la CNIL démontrent un taux très important d'erreurs manifestes, de fichage de victimes, etc.

La CNIL, pour finir, rappelle que l’article 10 de la loi Informatique et Libertés prohibe cette pratique détestable en disposant que "aucune décision produisant des effets juridiques à l’égard d’une personne ne peut être prise sur le seul fondement d’un traitement automatisé de données destiné à définir le profil de l’intéressé ou à évaluer certains aspects de sa personnalité".

On peut le constater, la CNIL, malgré sa composition, très "droitière", malgré sa présidence par un sénateur UMP condamne clairement l'esprit et le texte de cette loi, qui, sous prétexte de sécurité intérieure, rogne encore un peu plus sur des libertés publiques fondamentales.

Au Parlement Européen, Sandrine Bélier, jeune euro-députée fraichement élue, juriste spécialisée dans les droits de l'Homme et signataire du "Pacte pour les libertés numériques" a fait de la lutte pour la protection de la vie privée, et contre le fichage permanent, l'un des axes majeurs de son mandat. Première à réagir à la publication de l'avis de la CNIL, via des réseaux sociaux, elle ne devrait pas manquer de porter le débat au niveau européen...


Vous trouverez ci dessous un lien vers la délibération de la CNIL :

http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/deliberations/deliberation/delib/207/

23 juillet 2009

Symboliques et realpolitik

Par Sandrine Bélier

Députée Européenne


Chronique publiée dans le magazine Slate.fr


Le premier billet est souvent le plus délicat à écrire, car c'est celui qui donne le ton. D'autant moins aisé pour une nouvelle euro-députée qui a fait ses premiers pas dans l'arène politique il y a seulement quelques mois, quittant le milieu associatif pour mener la liste Europe Ecologie dans le Grand Est. Le milieu de la classe politique a ses codes. Les lecteurs de chroniques d'hommes et de femmes politiques aiment, je crois, à les retrouver. A ces adeptes-là, disons tout de go, que je crains que vous ne trouviez pas satisfaction.

***

Symbole 1 : L'écolo à vélo

Strasbourg est l'une des villes de France qui a su faire une place aux cyclistes dans son aménagement urbain. La ville a développé une politique de transport «intra-muros» intelligente qui privilégie le déplacement collectif et doux à l'usage de la voiture. A 35 ans, au XXIe siècle, l'urbaine strasbourgo-parisienne que je suis n'a jamais été propriétaire d'une voiture. Et ce n'est même pas véritablement un choix militant, c'est juste qu'il est plus simple et plus sain, à Strasbourg, de circuler sans voiture. Quand l'usage de la voiture devient nécessaire, comme cela a parfois été le cas pendant la campagne pour les européennes dans le grand Est, on a recourt à l'auto-partage et au co-voiturage avec Auto-trement qui met à disposition des véhicules dans plusieurs endroits de stationnement de la ville (équivalent auto du vélib).

Cela ne se sait pas, mais la ville a depuis plusieurs années mis en place un parc de vélos gratuits à disposition des eurodéputés en session une semaine par mois. Il aurait été idiot de ne pas en profiter pour marquer le coup de la rentrée parlementaire des écologistes au parlement européen.

C'est donc à vélo qu'un groupe de députés européens a décidé de faire sa rentrée parlementaire en reliant la gare de Strasbourg au Parlement européen. L'événement médiatique ne tient pas au fait que les écologistes se mettent en selles pour le parlement (le cliché est usé). L'événement médiatique tient au nombre de cyclistes qui constituent le cortège que j'ai l'honneur de guider, étant la locale de l'étape. Les élus écolos français ont été rejoints par leurs collègues allemands, belges, etc... aujourd'hui la 4e force politique au Parlement européen avec 55 députés.

Eurodéputés à vélo

Un acte symbolique, le fait d'user de la bicyclette pour marquer la rentrée parlementaire? Permettez moi de sourire, et d'affirmer ici, non sans cynisme, que le vélo ne devrait plus être le monopole des écolos et la voiture avec chauffeur l'apanage du politicien traditionnel... Le seul véritable événement à valeur symbolique, c'est que les écologistes, cyclistes ou non, sont le seul groupe significatif en progression au Parlement européen (ils pèseront 7% dans la nouvelle assemblée contre 5,5% dans la précédente).

Symbole 2 : L'hymne à la joie

Autre symbole et changement d'échelle. Pendant que dans les jardins de l'Elysée, retentissait «la Marseillaise» pour célébrer la fête nationale, devant le parvis du parlement européen de Strasbourg, nous étions accueillis par un orchestre symphonique entamant «L'hymne à la joie» de Beethoven. Les moins sensibles aux symboles européens y relèveront une mise en scène assimilable à une mascarade, les autres feindront de l'ignorer. Nous, le groupe d'eurodéputés écologistes, nous nous sommes tût pour écouter.

Mais, ce n'est que le lendemain, quand la première session dans l'hémicycle s'est ouverte avec l'Hymne à la joie que j'ai connu ma plus grande émotion de cette rentrée parlementaire. C'est mon rêve d'Europe, qui pendant un instant, dans l'hémicycle a pris des airs de réalités, sur fond de langage universel. Une Europe moteur d'un nouvel essor de notre pensée susceptible de nous conduire à un nouvel humanisme. J'ai été transportée par ce rêve d'Europe qui offre encore des perspectives d'espoir, un projet d'avenir et de société.

Pendant ce temps-là, les eurosceptiques nationalistes sont restés ostensiblement assis. Je ne les comprends pas, ceux qui refusent de passer la porte européenne et d'entrer dans l'univers complexe où on travaille avec 27 cultures différentes, où on nous invite à basculer dans l'Histoire, dans la construction d'une vraie perspective d'avenir. Je ne m'explique pas ce refus de célébrer les valeurs humanistes que symbolise pour moi l'hymne à la joie: les idéaux de libertés, de paix, de solidarité, la capacité d'intelligence collective, l'unité dans la diversité...

Premier face à face sur les notes d'un morceau de musique qui symbolise une volonté d'européanisation confrontée à la difficulté de construction de l'union des peuples européens. Utile piqûre de rappel de toute la complexité de la construction d'une culture commune européenne et de l'appropriation citoyenne de l'europe. Si tout le monde connaît la mélodie, il faut admettre que nous avons un problème d'appropriation citoyenne avec cet hymne. Aucun chef d'Etat européen n'a jamais eu le courage de proposer qu'une rencontre sportive qui opposerait une équipe européenne à une équipe américaine débute par la 9e symphonie de Beethoven...

Un détail, un symbole sans importance? Ce détail, comme d'autres, à l'échelle de la construction européenne, a une véritable portée politique. Parce qu'il suppose d'abord une décision politique forte au niveau européen. Et parce qu'ensuite, il est, aujourd'hui, un des éléments révélateurs du clivage entre la volonté des pro-européens de partager un hymne qui rassemble et rapproche leurs concitoyens sous une bannière commune (en attendant la mise en place d'une véritable Europe politique) de ceux qui ne veulent pas du projet européen.

Imaginez, un instant, le poids et l'influence d'une conférence intergouvernementale où chaque représentant qui défend généralement ses intérêts nationaux prendrait la décision d'assumer un hymne commun européen. Je crois qu'«identitairement», cela constituerait un pas important dans le renforcement de l'Europe des citoyens européens.

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Avant-projet de loi portant réforme des collectivités territoriales : drôles de méthodes !

 

 


 

Les différentes associations de collectivités locales se sont vues communiquer la semaine dernière l’avant-projet de loi sur les collectivités territoriales.

Conformément à une proposition du comité Balladur sur la simplification territoriale, le projet de loi sur les collectivités territoriales, constitué de 73 articles, créerait des conseillers territoriaux qui remplaceraient les actuels conseillers généraux et régionaux.

Les présidents de ces associations vont être reçus au Ministère de l'Intérieur au courant de la semaine, qui prétend qu'aucune décision n'est intervenue pour l'heure sur l'une des questions essentielles, à savoir le mode de scrutin pour l'élection des conseillers territoriaux prévu par l’avant-projet de loi. Un arbitrage devrait intervenir, selon Brice Hortefeux, à l'issue des auditions. Et il est vrai que ce point est très contesté par les élus locaux, dont, bien entendu, l'ADF, représentée par Claudy Lebreton, qui estime que "la création des conseillers territoriaux par exemple coûterait 150 millions d’euros de plus. L’indemnisation des conseillers communautaires devrait concerner quelque 100.000 élus".

Arbitrage en cours ? Mensonge, affirme l'AFP, qui annonce que l'Elysée a déjà pris la décision sur le mode de scrutin, qui serait unique, proportionnel à un tour dans le cadre d'une refonte de la carte électorale. Encore une fois, Nicolas Sarkozy ne se donne même pas la peine de faire semblant de prendre en compte les avis des autres : il décide, et tant pis pour la démocratie locale, pourtant sacralisée par la Constitution.

L'avant-projet de loi propose également la création volontaire de métropoles qui comprendraient au minimum 500.000 habitants. Elles auraient pour vocation à se substituer, sur leur territoire, aux départements et aux communautés urbaines dont elles reprendraient les compétences.

Le texte envisage aussi la création de fusions intercommunales, qui créeraient des communes nouvelles, sur la base, également, du volontariat, sous le seuil de 500.000 habitants. Il donne aussi la possibilité de regrouper des départements, voire des régions.

La clause de compétence générale (qui permet aux différentes collectivités d'agir ensemble sur des thématiques qui ne sont pas de leur compétence directe, et qui permet les financements croisés) des départements et régions serait supprimée Leurs compétences seraient fixées par une nouvelle loi qui serait votée "plus tard". Surprenant, lorsque l'on sait que le gouvernement met de plus en plus à contribution les collectivités sur des domaines qui ne sont pas de leur compétence (financement des LGV, par exemple).

Enfin, la loi de finances pour 2010 réviserait le système des finances locales, dont la réforme de la taxe professionnelle et la spécialisation de l'impôt. Ce qui pose problème, lorsque l'on sait que les budgets des communes sont actuellement en phase d'élaboration, pour pouvoir être votés en fin d'année. Si les communes ne savent pas par quoi la taxe professionnelle sera remplacée, comment pourront-elles boucler leurs budgets ?

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20 mai 2009

Européennes 2009, portrait de campagne : Sandrine Bélier, tête de liste Europe Ecologie

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Oui, Sandrine Bélier est jeune. Oui, c'est sa première candidature à une élection. Non, en effet, elle n'est pas membre d'un parti politique. Croyez-le ou pas, mais certains lui en font grief. C'est dire la hauteur de vue de ses adversaires.

A 35 ans, cette juriste, titulaire d'un Master en droit de l'environnement et d'un autre en droits de l'Homme a toujours été engagée dans la politique, au sens noble du terme, c'est à dire "s'engager dans la vie de la cité". Assistante de l'UICN (Union internationale de conservation de la nature) dès 1996, elle intègre Alsace Nature avec le statut d'emploi-jeune en 1998, avant d'en devenir la directrice régionale en 2001. La militance du quotidien peut mener loin...

Représentante entre 2002 et 2007 au Conseil International du droit de l'environnement et du Bureau européen de l'environnement au Conseil de l'Europe, elle dirige France Nature Environnement en 2008, après avoir été négociatrice du Grenelle de l'Environnement. C'est d'ailleurs l'un des fondements de sa candidature : "contrairement à ce qui avait été annoncé, la volonté politique de mettre en oeuvre les conclusions du Grenelle n'a pas suivi. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et ne rien faire. C'est pour cela que j'ai décidé de rejoindre le rassemblement Europe Ecologie pour les élections européennes. Pour que les engagements se transforment en actes". Et de rendre aussitôt hommage "à tous ces hommes et toutes ces femmes qui, épris d'humanisme et de lucidité, agissent et résistent au quotidien, à tous les militants du quotidien", qui lui ont "tracé la voie"

Et lorsque Sandrine Bélier s'engage, elle s'engage à fond. Elle n'a plus une minute a elle, et parcours l'immense circonscription Est chaque jour, à la rencontre du terrain. Et toujours avec énergie et enthousiasme. "J'ai un aveu à vous faire : je suis une optimiste, une optimiste active". Le combat européen, elle veut le mener parce que, dit-elle "l'Europe, c'est magique", parce que "c'est l'échelle la plus pertinente pour porter le combat : si aujourd'hui on ne se se bat pas au niveau européen, l'action sera totalement inefficace". Inefficace, comme l'action des partis traditionnels, des nostalgiques des trente glorieuses face à la crise "qu'ils semble découvrir. Mais ça fait au moins trente ans qu'elle existe, la crise !"

Et de s'insurger contre un modèle économique, social, humain, qui date de 1979 : "c'est un modèle vicié et périmé, qui conduit le monde à sa perte". Ce modèle, développé "durant les années Thatcher", mais aussi "par Tapie, le socialiste" dans les années 90 puis par "messieurs Blair et Schroeder, qui portent à l'échelle européenne une social-démocratie adaptée au libéralisme". Oui, trente ans durant lesquels la crise s'est construite grâce à des modèles qui l'ont générée, dans un aveuglement quasi général. Un aveuglement qui empêche nos dirigeants de voir "l'autre crise", la crise écologique, qui n'est pas de la science fiction : "ils s'appellent Klauss, Mitch, ce ne sont pas des personnages de fiction, mais des cyclones, des tempêtes, qui se multiplient, frappent et tuent des centaines de milliers de personnes".

Energique, enthousiaste, souriante, oui. Mais en colère contre l'obscurantisme qui tue. Heureusement, "après plus de trente ans de recherches et d'expérimentations sur le terrain, nous avons trouvé le remède pour l'humanité. Il s'appelle écologie, et humanisme. Le vaccin est déjà disponible, le traitement peut commencer le 7 juin prochain"... Alors "vous rêvez d'un autre monde ? vous voulez que ça change ? Chiche ! et on va vous prouver que le changement est possible".

Oui, Sandrine Bélier est une femme exceptionnelle, franche, honnête et droite. En politique, ces personnages, qui tiennent le même discours aux uns comme aux autres, qui ne sacrifient pas la vérité au "réalisme" sont rares. Ce simple fait justifie de l'intérêt du vote pour cette "troisième voie". Parce qu'avec Sandrine Bélier, on ne peut qu'y croire.

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14 mai 2008

Pour faire plaisir à Leclerc, L'UMP n'hésite pas à supprimer les autorisations d'implantation de grandes surfaces

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Décidemment, les députés UMPistes aiment céder aux syrènes, qui visiblement savent se montrer très attrayantes, des lobbys de tout poil. Après les OGM, la grande distribution.

Hier, Nicolas Sarkozy faisait, lors de son discours de Vienne, dans l'Isère, la promesse de lendemains qui chanteraient, devant une assistance pour le moins peu convaincue. Son arme fatale ? La loi sur la modernisation de l'économie (LME), qui va être discutée devant le parlement dans les prochains jours.

Cette loi comporte, comme JurisConsult le signalait dès le 26 février, une mesure phare : la réforme du droit de l'urbanisme commercial. En effet, l'article 27 du projet de loi "miracle" prévoit un relèvement de 300 m2 à 1.000 m2 du seuil de déclenchement de la procédure d'autorisation d'implantation de nouvelles grandes surfaces devant la CDEC (Commission départementale d'équipement commercial).

Toujours la croyance en l'adage : "multipliez les supermarchés, vous ferez baisser les prix". Bien entendu, celui-ci ne s'est jamais vérifié, bien au contraire, et malgré l'invasion des grandes surfaces durant ces dernières années, c'est chez ces dernières que se constatent les hausses de prix les plus impressionnantes. Ainsi, l'inflation des prix sur douze mois en France est de 3%, alors qu'elle est de 5,3% dans les grandes surfaces sur cette même période !

Mais Michel-Edouard Leclerc n'était pas content : de quoi se mêlent les élus locaux ? Pourquoi devraient-ils donner leur avis sur la présence des hypers et supermarchés ? Et pourquoi fixer un seuil de 1.000 m2 ? Pourquoi ne pas laisser le champ entièrement libre à nos amis de la grande distribution ? Ainsi, il avait affirmé le 11 mai que le projet de loi de modernisation de l'économie n'était pas assez "radical" pour pouvoir faire baisser les prix, réclamant une plus grande "liberté" dans la "concurrence", dénonçant toute idée de seuil, qui plongerait la France "dans un secteur administré avec un pouvoir accru des élus", des élus dont il ne comprenait pas "ce qu'ils viennent faire là-dedans en terme de concurrence, ce ne sont pas les mieux placés pour choisir quelles sont les enseignes les plus favorables aux consommateurs".

Qu'à cela ne tienne, aussitôt dit, aussitôt fait :  le rapporteur du texte, le député UMP Jean-Paul Charié annoncé pour 2009 la suppression totale et sans condition des procédures d'autorisation préalables à l'installation des grandes surfaces : "fin juin 2009, plus d'autorisation préalable, seulement les schémas communaux et intercommunaux d'urbanisme commercial", ajoutant que "depuis 1973, on a fait des lois opposant grandes surfaces et petits commerces. Or il faut opposer pratiques loyales et déloyales". Le message est clair, net et précis : on n'hésitera pas à sacrifier les petits commerces et les enseignes de proximité aux désidératas des grandes surfaces, peu importe le coût humain, social et financier.

Certes, le rapporteur oublie quelque peu de préciser que tant que les françaises et les français, pardon, les consommateurs, n'auront pas plus d'argent (c'est à dire que les fruits de la croissance seront équitablement répartis), construire plus d'hypermarchés n'aidera pas énormément, mais si l'on peu satisfaire un lobby de temps en temps, il ne faut surtout pas s'en priver.

Les promesses du président Sarkozy sur le pouvoir d'achat n'avaient même pas tenu deux heures...

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08 mai 2008

Nicolas Sarkozy est-il digne de la fonction de président de la République ?

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François Hollande a estimé, hier, que Nicolas Sarkozy n'est "pas digne de la fonction qu'il occupe". Et il est vrai que l'actualité récente nous force à nous interroger. Et de constater que même sous la présidence de Jacques Chirac, si l'opposition a quelquefois demandé sa démission (essentiellement pour cause de problèmes avec la justice), elle n'a jamais considéré qu'il manquait de dignité dans l'exercice de ses fonctions.

Mais avec Nicolas Sarkozy, certains ont quelque peu l'impression d'avoir "changé de dimension". On se souvient de la manière dont Nicolas Sarkozy, durant la campagne et depuis son élection a cherché, de manière absolument outrancière, en même temps, à se servir de ses épouses à des fins de communication et à contrôler ce qu'en disait la presse, faisant renvoyer le directeur d'un hebdomadaire (Paris Match pour ne pas le citer) qui avait l'heur de ne lui point plaire.

L'on se souviendra (et la presse à sensation le fera avec plaisir) de ses vacances à Malte, de ses diners au Fouquet's, de son séjour à Wolfeboro (pendant que Angela Merkel faisait tranquillement ses courses au supermarché de son quartier). L'on se souviendra également de son empressement à faire augmenter son traitement de 146% (soit 11500 euros).

Hier, le président Sarkozy s'est permis, devant les 262 députés UMP convoqués à l'Elysée, de critiquer ses prédécesseurs à droite, Jacques Chirac et le général de Gaulle, qui auraient été incapables de se faire élire avec autant de brio que lui. Catherine Vautrin a jugé ses propos "agressifs", tandis qu'Hervé Mariton s'indignait "il n'est pas obligé de dire du mal des autres".

Mais, plus grave, Nicolas Sarkozy s'en est pris, avec une violence inouie, selon les participants, à la presse, l'accusant de ne pas assez relayer ses messages, et ceux de ses porte-parole. Ainsi, le président de la République a annoncé qu'il avait tout tenté pour sur-médiatiser "la condamnation de Ségolène Royal dans l'affaire de ses ex-collaboratrices", désignant tout d'abord l'AFP, coupable de n'avoir pas fait passer un communiqué de presse de Frédéric Lefèbvre très proche du cercle sarkozyste. L'AFP a réagi contre cette volonté présidentielle de faire écrire par ses amis les dépêches de l'agence, et protestant contre "les pressions exercées".

Enfin, la journée d'hier s'est terminée sur l'annonce par la presse de la nomination, au tour extérieur et par décret de Nicolas Sarkozy, d'Arnaud Teullé (qui avait été conseiller de l'Elysée en charge de la gestion politique des Hauts-de-Seine, et qui s'était illustré lors des municipales à Neuilly par le lâchage de David Martinon, et son entrée en dissidence) à la fonction d'Inspecteur de l'Académie de Paris. Il sera accompagné par son ami David Teillet, ancien délégué général de l'UNI (sorte de pseudo-syndicat étudiant satellite du la droite et de l'extrême-droite), et par ailleurs chef du cabinet de  Xavier Darcos à qui il doit l'ensemble de sa (jeune) carrière, ainsi qu'à Philippe de Villiers, dont il a été le collaborateur. Ces deux produits de l'UMP ont pour principale originalité de ne correspondre en rien à la fonction d'Inspecteur d'Académie. Mais ils bénéficieront d'un traitement coquet, d'un logement de fonction, ainsi que d'une belle voiture avec chauffeur.

Alors, oui, posons-nous la question : Nicolas Sarkozy est-il digne de la fonction qu'il occupe ?

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06 mai 2008

Noël Mamère : "Faut-il fêter Mai 68 ?"

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Par Noël Mamère

(Les Verts)

   

Depuis des semaines, « ils » nous gavent. Comme des oies qui auraient besoin d’être survitaminées avec une hormone appelée Mai 68. Mai 68 devient une série de clichés mondains : Des jeunes filles en mini -jupes et des garçons en jeans écoutent les Beatles et les Rolling Stones, ils se révoltent contre leurs parents et maîtres, en criant CRS SS. Ce réductionnisme transforme mai 68 en un gentil monôme, apparenté à la seule libération des mœurs et de la culture occulte l’histoire, au profit du narcissisme dfun milieu parisianiste qui a mal vieilli. Comme toujours, Nicolas Sarkozy a pris la tête du mouvement.

Rappelez vous, c’était il y a un an, presque un siècle, à la fin de sa campagne, il avait promis de « liquider Mai 68 ». Cela ne voulait strictement rien dire, bien entendu. Il faisait un cadeau à son électorat d’extrême- droite ou de la droite rancie. Alors pourquoi s’en priver ? Les quelques phrases assassines de ce discours lancèrent en quelque sorte les commémorations officielles du quarantième anniversaire des dits « évènements ». Des livres par dizaines sont publiés. On enregistre des centaines d’heures de radio et de télévision où lfon voit toujours les mêmes personnages raconter « leur » mai 68, comme les derniers poilus de 14-18. Les mêmes « experts », sociologues ou philosophes, interviennent en contrepoint pour mettre en perspective le joli mois de Mai. Pour ceux qui, comme moi, nfont pas été à l’époque sur l’avant - scène, cela paraît totalement surréaliste. Mais pour mon fils, cette incongruité le renvoie à une préhistoire où tout serait d’insouciance, où on se révolterait parce que lfon s’ennuie des avantages acquis.

Une sorte de paradis perdu d’où lfon sort en allant s’éclater à Woodstock. Rien n’est plus faux, évidemment. Une génération venait de connaître 8 ans de guerre d’Algérie. Des dizaines de milliers de personnes vivaient dans les bidonvilles. Des centaines de milliers résidaient dans les « grands ensembles », produisant déjà les pathologies urbaines qui vont s’amplifier jusqufaux émeutes de novembre 2005. Dans les entreprises, les ouvriers contestaient les « cadences infernales » et les " petits chefs " faisaient régner l’ordre dans un univers où la section syndicale n’était pas autorisée. Les femmes n’avaient pas le droit d’avorter, pas plus qufelles n’avaient droit à la parole. A l’extérieur de la France, c’était déjà la Françafrique de Foccart qui organisait le néocolonialisme. Le peuple palestinien demandait le droit à un Etat tandis que le Vietnam résistait à l’impérialisme américain. A l’est de l’Europe, des millions d’hommes et de femmes subissaient la loi du « socialisme réel ».

  Mais de quoi parle - t-on aujourd’hui dans les médias ? : d’une guerre qui aurait fait des millions ou même des centaines de morts ? Dfun coup d’état qui aurait substitué un pouvoir à un autre, en le maquillant sous la forme d’une révolution ? Même pas. On pourrait se souvenir que Mai 68 fut la plus grande grève générale, spontanément organisée en France et même en Europe au XX ème siècle. Mais, sur les plateaux, de quoi cause - t- on ? : Des ébats de la Sorbonne, de Nanterre, de l’Odéon, de Dany, de Geismar et de quelques autres. Autant dire de l’écume des choses. Cette manière de traiter l’histoire est celle des médias, pas celle des historiens, ni celle des acteurs réels de l’époque, les ouvriers, les paysans, les étudiants. Si Mai 68 fait sens ce n’est pas à cause des « pro -chinois » qui ont retourné leur veste , des trotskistes qufon retrouve à la télévision, au parti socialiste ou dans quelques grandes entreprises, (même si certains comme Alain Krivine nfont rien perdu de la verve de leur prime jeunesse).

Il y eut, c’est vrai , un phénomène générationnel sur toute la planète. Les « baby boomers » n’avaient plus envie d’être élevés comme des veaux de la croissance des « trente glorieuses », mais de s’émanciper de structures conçues par leurs grands parents et leurs parents pour les protéger de la guerre et des souffrances. Ils avaient observé la fin de la décolonisation et ils ne comprenaient pas qu’après la guerre du Vietnam à la française, les Etats Unis s’acharnaient contre un petit peuple en le bombardant au napalm. Mais ils étaient une minorité. Il y avait très peu d’étudiants dans la société française de 68. Les 80 % d’une classe d’âge au bac n’étaient pas encore au programme des socialistes. Les lycéens ne venaient pratiquement pas des banlieues mais des quartiers bourgeois de Paris et des grandes métropoles. Pour les autres, c’était déjà l’usine. C’était un autre temps, dominé par la guerre froide où, entre les gaullistes et les communistes, il n’y avait rien comme on le vit à l’élection présidentielle de 1969, quand le ticket Mendes France /Deferre fit à peine 5 % .

Mai 68, c’est vrai, a permis de faire éclore le féminisme, l’écologie, le libre choix de l’orientation sexuelle, d’autres rapports d’autorité entre les salariés, entre les générations et les sexes. Mais il aura fallu que des milliers de militants continuent sur cette lancée, en refusant l’enterrement de leurs espérances des juin 68. Et ce fût vrai, parce que le souffle de Mai avait balayé les usines, les bureaux et les champs. Le quartier Latin que lfon célèbre aujourd’hui, avait été déserté. Les seuls morts de mai 68 le furent en juin. Gilles Tautin , lycéen parisien mourrait noyé près de l’usine de Renault de Flins ; deux ouvriers de Peugeot-Sochaux, pourchassés par la police, tombèrent en juin... C’est en juin qufil faudrait célébrer l’anniversaire de Mai 68 ! Car c’est dans les périodes de reflux que se construisent les destins d’une société. C’est dans la défaite de juin 40 que le Général De Gaulle trouva les clefs du redressement national.

Comparaison n’est pas raison. Mais pourquoi parler de Mai sans parler de Juin ? Ceux qui refusèrent les accords de Grenelle mirent en pièce l’autorité de la CGT dans les entreprises. Ils annonçaient déjà LIP et ses ouvriers autogestionnaires qui créèrent une coopérative de lutte, inventèrent des formes nouvelles d’organisation. C’est en août 68 que le peuple tchèque résista par la non violence aux chars russes qui enterraient l’illusion d’un communisme à visage humain. C’est en octobre 68 que les noirs américains, Tommy Smith et John Carlos, portèrent au plus haut le combat pour les droits civiques, en levant le point à Mexico, après que plusieurs centaines de jeunes aient été assassinés sur la Place des 3 cultures. On était loin des charmes de la marijuana et de la révolution sexuelle, loin de San Francisco et de la culture underground, loin des images d’Epinal de Paris et de ses pavés dont on nous annonce aujourd’hui qufon pourra les trouver sous forme de chocolat dans une pâtisserie branchée L’histoire est devenue une marchandise, Mai 68 une marque de fabrique pour quelques papys qui racontent interminablement le théâtre de leur jeunesse, imposant le silence aux millions de ceux qui occupèrent leurs entreprises, leurs facs et leurs lycées. Mais l’esprit de Mai, lui, nfa rien à voir avec ce spectacle pour bobos fatigués.

Il vit à travers les ouvriers sans papiers en grève dans leurs entreprises, dans la révolte des lycéens contre la suppression de postes, dans les banlieues en révolte ; Il vit dans les émeutes de la faim contre les spéculateurs et les institutions financières ; Il vit dans le combat des peuples tibétains, birmans, palestiniens, tchetchènes ; Il vit en Amérique Latine où , quarante ans après lfassassinat de Che Guevara, de la Bolivie au Paraguay, du Vénézuéla au Chiapas, les peuples prennent en main leur destin ; Il vit dans les combats des paysans de Via Campesina contre les OGM et pour la souveraineté alimentaire, dans l’écologie des pauvres des Sans terre, du Brésil à l’Inde, dans les luttes pour le droit à l’eau... Partout où l’injustice règne, Mai 68 se traduit par le droit à la révolte, à la résistance, à la désobéissance. Quand c’est insupportable, on ne supporte plus. On a toujours raison de se révolter, comme en Mai 68.


 

Blog de Noël Mamère

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01 mai 2008

1er mai 1993 - 1er mai 2008 : Hommage à Pierre Bérégovoy, victime de la calomnie et de la haine

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Il y a quinze années, jour pour jour, dans la soirée du samedi 1er mai 1993 disparaissait Pierre Bérégovoy, victime de la haine et de la calomnie.

La cérémonie, à laquelle j'ai eu l'honneur d'assister, ce matin au Cimetière Jean Gautherin a été marquée par l'absence criante de membres du gouvernement, et par l'ignominie de la rumeur, propagée par des charognards, au rang desquels des chaines de télévisions, des "biographes" autoproclamés et des élus de la République, dont l'honnêteté n'a jamais été la caractéristique principale (bonjour, Bernard Debré).

Le drame de la mort de Pierre Bérégovoy a profondément touché l'immense majorité des françaises et des français qui se sont joint en pensées au deuil de la famille de l'ancien premier ministre. Cette émotion est toujours aussi vive chez nombre d'entre nous alors que nous célébrons le quinzième anniversaire de sa disparition. Il y a, chez les nivernais que j'ai eu l'immense chance d'accompagner ce matin au Ci reconnaissance de sa valeur qui s'est imposée trop tardivement, mêlée à un attachement profond dont a témoigné et témoigne encore l'émotion sincère qui n'a pas quitté les cœurs depuis deux ans.

Pierre Bérégovoy était un homme simple, un homme bon, rarement en colère : c'était "quelqu'un de bien".

Dans la gorge et sous la plume de François Mitterrand, le 4 mai 1993, il y avait de la tristesse, de la colère, et des mots qui rendent hommage tout en faisant réfléchir : "l'émotion, la tristesse, la douleur qui vont loin dans la conscience populaire depuis l'annonce de ce qui s'est passé samedi, en fin de journée, près de Nevers, sa ville, notre ville, au bord d'un canal où il était souvent venu goûter la paix et la beauté des choses, lanceront-elles le signal à partir duquel de nouvelles façons de s’affronter tout en se respectant donneront un autre sens à la vie politique ? Je le souhaite, je le demande et je rends juges les Français du grave avertissement que porte en elle la mort voulue de Pierre Bérégovoy".

Ce mots sont toujours d'actualité, ce cri, cet avertissement, encore du moment. Les chiens de 1993 sont toujours là, jusqu'aux plus hautes fonctions de l'État. Mais ce n'est pas (encore) l'heure de régler des comptes... "De mortuis nihil nisi bonum" (des morts, il ne faut parler qu'en bien), disait l'adage latin. Concernant Pierre Bérégovoy, nous n'avons pas à nous forcer.

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