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28 novembre 2009

TER : vers l'abandon du ferré au profit de l'autobus ?

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La Cour des comptes a rendu public mercredi un volumineux rapport intitulé "Le transfert aux régions du transport express régional: un bilan mitigé et des évolutions à poursuivre" dans lequel les magistrats financiers se muent, une nouvelle fois, en conseillers politiques ou en auditeurs de gestion, estimant que le TER coûte aujourd'hui trop cher et il n'est pas adapté à de nombreuses lignes en sous-activité.

Ainsi, les régions sont stigmatisées pour avoir fait trop d'investissements en matière de matériel roulant et la SNCF mises en cause pour des coûts d'exploitation jugés trop élevés.

Les régions ont consacré 600 millions d'euros depuis 2004 au renouvellement du matériel roulant, qui, avant le transfert de la compétence aux régions était dans un état absolument pitoyable, voire présentait des risques accidentogènes. "Elles doivent être raisonnables et davantage proportionner leurs efforts au trafic" rétorque Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes. En clair : les collectivités doivent se soumettre à la loi de la rentabilité...

Le TER a coûté 2,7 milliards d'euros aux régions en 2008, avec un taux de remplissage moyen des trains estimé aux alentours de 26%. Responsables, au yeux de la Cour ? Les 8000 km de lignes les moins fréquentées qui rouleraient quasiment à vide, en dépit des lois de la rentabilité.

Fort heureusement, La Cour des compte a une solution ! On ferme. On réduit la voilure des investissements, et on ferme tout ce qui n'est pas rentable. Certes, la progression du nombre d'usagers est importante, dans toutes les régions, et surtout celles qui étaient les moins bien dotées avant. Pour exemple, en Champagne-Ardennes, entre 2006 et 2007, la fréquentation a bondi de 30%. 46% en Bretagne entre 2002 et 2007. Toutes les régions enregistrent une progression à deux chiffres. Mais l'institution financière ne va quand même pas s'arrêter à ces détails !

Autre solution ? On passe du ferré au routier, en abandonnant certaines lignes au profit de l'autobus : "Le coût des lignes les moins fréquentées est trop élevé pour les finances publiques, il est équivalent, au kilomètre, au coût d'usage d'une voiture individuelle"... La Cour des Comptes oublie simplement que c'est exactement cela, la péréquation, le principe d'égalité, bref : le service public. Maintenir ouverte des lignes, même si elles ne sont pas rentables.

Argument en faveur de l'utilisation de l'autocar ? Il pourrait même améliorer le bilan carbone du TER, puisque le gazole représente la moitié de l'énergie consommée par les trains régionaux. Lors de la conférence de presse, Philippe Séguin a déclaré que "le bilan carbone du TER n'est pas favorable"... Il se trouve que cette déclaration est un mensonge grossier : sur un trajet quotidien de 30km, un usager de bus aura émis, en moyenne, sur un an, 1367kg de CO², contre 564 pour l'usager du ferré...

Mais, ce rapport, bizarrement sorti à grands renforts de presse, et en période de campagne pour les régionales, avait une autre cible que les régions : il s'attaque à l'efficacité de l'exploitation par la SNCF et sur son incapacité à réduire ses coûts, qui serait lié, bien entendu, au statut des cheminots. Mais pas au manque d'investissement de l'Etat-RFF, bien entendu. CQFD.

Heureusement, Philippe Séguin a la solution : pri-va-ti-ser ! En effet, si tout va mal, c'est que la SNCF est l'unique interlocuteur des régions, et que ce monopole ne l'incite pas à réaliser des "gains de productivité". Surtout avec des régions gauchistes.

La boucle est bouclée : suppression de lignes, transfert du ferré sur le routier, puis privatisation,  un rapport taillé pile poil pour l'UMP.

08 septembre 2009

Carbone : le temps de la responsabilité et de la solidarité

En plein débat sur la Contribution Climat Energie, vous trouverez ci-dessous une très intéressante tribune publiée par Médiapart, et co-signée par Sandrine Bélier, Yannick Jadot, ainsi que par Noël Mamère, Yves Cochet et François de Rugy et le pôle écologique du PS.

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http://www.mediapart.fr/club/edition/article/080909/carbone-le-temps-de-la-responsabilite-et-de-la-solidarite

Pour quinze députés, Verts et membres du pôle écologique du PS, et députés européens Europe Ecologie, signataires de ce texte, la voie est étroite entre «la démagogie anti-fiscale» et «les aménagements et les renoncements» qui vident la contribution climat énergie de son sens.   


Pour Jean Monnet, « nous n'avons le choix qu'entre les changements que nous aurons su vouloir et accomplir et ceux qui nous seront imposés ». La prise de conscience de ce que représente le défi climatique pour l'avenir de nos sociétés et des efforts qu'il faudra accomplir pour le relever progresse. L'idée que l'inaction finira par coûter plus cher économiquement et socialement que l'action fait son chemin. Mais, dès lors qu'il s'agit d'envisager concrètement une mesure mettant à contribution chacun d'entre nous, les résistances et les oppositions se dressent. C'est compréhensible de la part de nos concitoyens tant que le travail d'explication n'a pas eu lieu. Mais ça l'est beaucoup moins de la part de dirigeants politiques qui prétendent conduire notre destinée collective. Les belles proclamations sur la nécessité de prendre en compte l'urgence écologique s'évanouissent devant la démagogie et l'électoralisme.


L'irruption du débat sur la contribution climat énergie en cette rentrée politique en est l'illustration. Nul n'ignore que le feu couvait sous la cendre, au PS, mais aussi, bien sûr, à l'UMP. De retour de vacances, les députés de la majorité ont commencé à exprimer leur opposition au projet de taxe carbone, même largement édulcoré, que porte encore le gouvernement.


Si l'on ajoute à cela l'opposition frontale des extrêmes, à droite comme à gauche, les conditions sont réunies pour que la classe politique choisisse de remettre au placard l'une des principales propositions du Pacte écologique de Nicolas Hulot, une proposition fédérant toutes les associations environnementales.

Au-delà de la question du prix de la tonne de carbone, et de celle, cruciale, des modalités de redistribution, de quoi s'agit-il ? Rien de moins que de choisir d'avancer vers la transformation écologique de notre économie et de notre société.

Il y a vingt ans déjà, à  la veille du premier sommet de la terre à Rio, un premier projet de taxe carbone, d'envergure européenne, a échoué, victime des égoïsmes nationaux. Aujourd'hui, c'est la démagogie anti-fiscale qui risque de disqualifier, et pour longtemps, la possibilité de construire un consensus national autour de ce qui peut constituer une avancée majeure dans la voie de la responsabilité collective.

 Si rien n'est fait pour limiter, maintenant, la dépendance de notre société et de notre économie à l'égard du carbone, alors, soyons en certains, comme Cécile Duflot le déclarait à La Rochelle, «demain, ce seront les prolos qui paieront la facture la plus lourde». Nos sociétés n'ont plus le choix; soit elles prennent dès maintenant des mesures, certes contraignantes, mais solidaires pour faire face aux chocs climatique et énergétique soit elles les subiront demain dans l'improvisation et l'injustice.

Certains croient peut-être que l'on pourrait s'en remettre au marché : sans la moindre anticipation, le choc des prix de l'énergie sera brutal. Les conséquences sociales seront dramatiques.


Tel est l'enjeu de la création de la contribution climat énergie : permettre à chacun d'adapter son comportement et ses modes de consommation progressivement.


Pour être réellement efficace, socialement et environnementalement, la contribution climat-énergie doit remplir trois conditions, que le gouvernement ne semble malheureusement pas disposé à mettre en œuvre.


Le périmètre de cette contribution doit inclure impérativement le secteur de l'électricité et pas seulement celui des énergies fossiles. Pour deux raisons : une partie de notre électricité est produite par des centrales thermiques, de plus il n'est pas souhaitable d'encourager le chauffage électrique, coûteux en particulier pour les ménages modestes. L'objectif de la contribution Climat Energie ne peut se réduire à une taxe carbone qui privilégie une énergie par rapport aux autres mais doit favoriser les économies d'énergie.


Le « signal prix » doit être suffisamment clair pour modifier les comportements. Cela signifie qu'à moins de 32 euros la tonne de carbone, niveau proposé par la commission Rocard, il est peu vraisemblable que cette contribution ait un impact significatif, la hausse du prix de l'énergie n'étant pas suffisamment sensible, ni suffisamment certaine, pour que les utilisateurs modifient leur consommation.  L'Allemagne a instauré une taxe carbone sous-évaluée qui n'ayant pas produit d'effets sensibles sur la consommation est contestée. A contrario, la Suède en a instauré une dès les années 1990 et a obtenu les meilleurs résultats d'Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C'est par ailleurs la social-démocratie la plus souvent citée comme modèle en Europe...


Il faut fixer un prix adapté dès la création de la contribution, avec un prix qui augmente progressivement avec les années comme le prévoit le rapport Rocard.


Enfin, il faut que la contribution climat énergie ne pénalise pas les ménages les plus modestes ou les plus contraints (habitants des zones rurales) ou les artisans et les TPE/PME qui n'ont pas le choix, pour le moment, de leurs modes de transport ou de chauffage.


Il est clair que la condition de l'acceptabilité  de la contribution climat énergie est qu'elle ne contribue pas à  creuser les inégalités. Au contraire, elle doit être un premier pas sur la voie de la solidarité à construire face à l'injustice climatique.


Cela signifie que l'intégralité  du produit de cette contribution devra être reversée aux ménages et aux entreprises qui la payeront. La contribution Climat Energie n'est pas un impôt supplémentaire destiné à dégager des ressources nouvelles pour combler partiellement un déficit ou remplacer un impôt supprimé. Elle est une incitation à changer de comportements. Plusieurs mécanismes redistributifs ont été évoqués. Le plus simple et le plus lisible consiste à reverser aux ménages et aux entreprises de la manière la plus égalitaire possible le produit de cette taxe sous la forme d'un chèque vert. C'est précisément ce qui permet à chacun d'accompagner financièrement les changements de comportement et de récompenser ceux qui font le plus d'efforts en la matière. D'autres mesures plus ciblées sont envisageables, notamment pour les zones les moins bien desservies par les transports en commun.


Au-delà de ces mesures, cette contribution doit être incluse dans un «paquet énergie/climat» d'ensemble, prévoyant notamment une contribution supplémentaire des grandes entreprises, des compagnies pétrolières et des grands groupes énergétiques qui font des bénéfices.


La contribution climat énergie prend tout son sens dans le cadre d'un plan d'action en faveur des transports en commun ou du covoiturage d'une part et de mesures pour l'isolation des logements pour les économies de chauffage d‘autre part.


En effet, il importe que notre pays s'engage vers la sortie du pétrole et invente les dispositifs d'accompagnement de tous dans la transition énergétique et écologique. Sans cette perspective, la contribution climat énergie risque, faute d'un sens commun et d'une portée collective, de n'être qu'un coup d'épée dans l'eau.


Telles sont les conditions qui nous paraissent devoir être remplies pour assurer le succès de la contribution énergie climat. Face à la responsabilité qui est la notre vis-à-vis des générations futures nous n'avons pas le droit de rater sa création. C'est pourquoi nous appelons à suivre le chemin difficile refusant d'un côté les renoncements et les aménagements qui tentent le gouvernement et récusant de l'autre les facilités de la démagogie anti-fiscale qui tente certains de ses opposants. 


Les députés Verts : Yves Cochet, François de Rugy et Noël Mamère


Les députés européens d'Europe Ecologie : Sandrine Bélier, Yannick Jadot


Les députés et animateurs du Pôle écologique du Parti socialiste : Christophe Caresche, Pascal Deguilhem, Jean Launay, Geneviève Perrin-Gaillard, Philippe Plisson, Philippe Tourtelier, Géraud Guibert, Eric Loiselet.

29 juillet 2009

La Contribution Climat Energie, étape obligatoire vers l'éco-citoyenneté


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C'est hier que Michel Rocard, président de la conférence d'experts sur Contribution Climat Energie (CCE), a officiellement remis ses recommandations à Jean-Louis Borloo et à Christine Lagarde.

Le principe de la "taxe carbone" était en effet, l'on s'en souvient, l'une des propositions phares du pacte écologique de Nicolas Hulot, et résulte des travaux du Grenelle de l'environnement.

En juin, Nicolas Sarkozy avait officiellement affirmé qu'il souhaitait aller "le plus loin possible", alors que, en privé, il considérait que cette taxe était trop élevé, et qu'il semble acquis que l'option choisie se situe dans la fourchette la plus basse des préconisations des experts.

La principe de la CCE est de renchérir la consommation d'énergies polluantes afin d'inciter le report modal des entreprises et des ménages au profit de filières plus respectueuses de l'environnement. La CCE consisterait donc en une contribution de 32 euros par tonne de CO2 émise selon les recommandations, et ce dès janvier 2010. Ce montant serait majoré d'un taux de 5% annuel, qui amènerait la CCE à un niveau de 100 euros en 2030.

"Nous devons nous approprier au plus vite les travaux de cette conférence si nous voulons disposer dès l'an prochain d'une fiscalité verte" a dit hier le Premier Ministre François Fillon lundi à Leuglay (Côte-d'Or). Quant à "savoir quelles sont les modalités d'application de cette contribution énergie-climat, quel doit être son calendrier de mise en œuvre", la priorité du gouvernement est de temporiser, et de minimiser les conclusions rendues par la conférence des experts, parce que Nicolas Sarkozy et François Fillon craignent le vote sanction aux régionales de 2010.

Pourtant, la CCE est un mécanisme excellent, de justice sociale, qui permet d’anticiper la hausse naturelle des prix de l’énergie qui est une tendance inéluctable, au-delà des aléas de la conjoncture, puisque les matières premières diminuent. Le pire serait de ne rien faire. En témoigne le "rattrapage" que veut opérer EDF, avec une hausse de 20% de son tarif de référence.

La CCE est une mesure de bon sens servant à inciter à la diminution des conduites dommageables pour l'environnement au profit de méthodes "douces" (en matière de transports, report modal entre la voiture et le tram-train par exemple, ou entre l'avion et le train...).

La taxe carbone peut être un facteur de progrès social et environnemental, et c'est pourquoi les associations telles FNE, et les mouvements politiques tels Europe Ecologie et Les Verts appellent le gouvernement à discuter avec les partenaires sociaux et environnementaux à définir des mesures d'aide aux ménages les plus pauvres, qu sont souvent captifs de leur voiture ou de leur système énergétique, via, pourquoi pas, des chèques verts pour contribuer au report modal.

Il faut, bien entendu, que la CCE soit, et c'est son but premier, un instrument de redistribution (c'est à dire non inflationniste) : d'après les calculs, le montant estimatif de la collecte serait, au départ, de 8 Mds d'Euros (amené à baisser au fil du temps, grâce à l'effet "désincitatif"). Qu'en faire ? Mener une politique audacieuse en matière d'équipements publics et d'éco-citoyenneté, telles les aides à l'amélioration de l'habitat, à l'isolation, le développement des transports en commun, le développement de la biomasse, etc.

Ces solutions ont l'immense avantage de réduire l'empreinte énergétique, et de réduire durablement la consommation énergétique des ménages, ce qui revient à faire diminuer la facture pour les ménages.

Enfin, la taxe carbone doit être coordonnée au niveau européen, et c'est la volonté de la présidence suédoise de l'UE, pour compléter le système des quotas d’émissions négociables mis en place à l’échelle européenne.

Il faudra aussi que la réflexion dépasse le simple tropisme du "carbone", c'est à dire du CO² émis directement, et s'interroge à la fois sur les filières de production (la production d'uranium qui est dédiée à l'industrie nucléaire produit énormément de CO²) et sur les autres émissions de facteurs de réchauffement climatique, comme les particules fines, ou le méthane.

N'hésitons pas, et disons oui à la CCE, clairement oui, parce que demain commence aujourd'hui, mais à condition de ne pas en faire n'importe quoi, d'en faire un acte positif, et de faire oeuvre de pédagogie...

28 juillet 2009

LOPPSI 2 : La CNIL émet de vives réserves sur le texte du gouvernement (et de Nicolas Sarkozy) et prévoit des dérives



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La CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés) a rendu public, le 24 juillet, son avis rendu le 16 avril 2009 sur la LOPPSI 2 (projet de loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure), texte fondamental pour Nicolas Sarkozy, Président de la République et ancien ministre de l'Intérieur.

Dans son communiqué succinct de présentation, la CNIL a tenu à préciser "que le projet de texte sur lequel elle s’est prononcée le 16 avril 2009 est sensiblement différent de celui qui a été officiellement déposé à l’Assemblée Nationale", situation identique à celle de la loi Hadopi, qui avait permis à certains membres de la CNIL de soutenir un texte que ladite autorité indépendante avait lourdement condamné, au prétexte que le projet avait été profondément remanié. La CNIL a également protesté contre une saisine "à minima", puisque le gouvernement n'a sollicité son avis que sur sept articles du projet de loi, et ceci en violation de l’article 11 de la loi "informatique et libertés".

Et dès le début de l'avis, on entre dans le vif du sujet. Ainsi l'article Ier du projet de loi entend mettre en place, en matière de "criminalité organisée", un dispositif "ayant pour objet, sans le consentement des intéressés" en continu des données informatiques utilisées ou saisies sur un ordinateur, que ces données soient ou non destinées à être émises, et qu'elles empruntent ou non un réseau de communications électroniques. La CNIL relève que les garanties attachées à ce dispositif sont fortement dépendantes des projets de suppression du Juge d'Instruction, avant de préciser que, face à un tel dispositif, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a estimé "que l’introduction clandestine dans des systèmes informatiques de logiciels espions ne peut être autorisée que s’il existe réellement des éléments présentant une menace concrète sur l’intégrité corporelle, la vie, la liberté des personnes, ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation".

La CNIL s'élève contre la conservation, par les autorités, de données "non utiles à la manifestation de la vérité", contrairement à la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, et à ce qui avait été initialement prévu.

Encore plus grave, la LOPPSI 2 prévoit la mise en œuvre du dispositif de captation "dans tout type de point d'accès public à Internet (cybercafés ou bornes d'accès publiques)". La CNIL a été fortement choquée par "la portée de cette disposition, qui pourrait permettre l'enregistrement pendant une durée d'au plus huit mois, de tous les caractères saisis au clavier et de toutes les images affichées sur l’écran de tous les ordinateurs d'un point d'accès public à Internet, et ce à l'insu des utilisateurs". Non seulement, on ne conserve pas que les données utiles à la manifestation de la vérité, mais on espionne, durant des mois et des mois, l'ensemble des usagers d'un cybercafé, ou d'une borne wifi !

De plus, rien n'est explicitement prévu, par le Ministère de l'Intérieur, pour assurer la sécurisation des matériels et logiciels de captation. Une fois encore, la CNIL s'en émeut... mais sera-t-elle entendue ?

A l'article 4 du projet de loi, il est question de codification concernant les "fichiers judiciaires". L'occasion pour la CNIL de rappeler au législateur et au gouvernement le scandale que constituent les fichiers actuels, dont le STIC ou le FNAEG, systématiquement détournés de leur but originel, et très largement défaillants quant aux inscriptions qu'ils contiennent, à l'effacement des données, ou à leur mise à jour.

Encore une fois, en faisant semblant de "codifier", et de "simplifier", le Gouvernement entend "étendre l’utilisation des fichiers de police judiciaire à la lutte contre la petite et la moyenne délinquance de masse". On utilise contre les délinquants (l'abaissement du quantum de peine étant de 5 ans, il touche une grande partie de la "délinquance astucieuse" par exemple) une arme conçue contre les criminels en série. C'est exactement comme chasser un moustique à coup de 22 long rifle. Les atteintes aux libertés fondamentales sont-elles justifiées par le trouble causé par ces infractions ? Il est permis de s'interroger, d'autant que les taux d'élucidations sont globalement bons en ce qui concerne la petite délinquance... En changean d'ampleur, on "change la nature [de ces fichiers], car ils ne seront plus limités aux infractions les plus graves, porteront sur un nombre très important d’infractions et de personnes". C'est pour ces raisons que la CNIL, en renvoyant pourtant à un débat sur les aspects reglementaires, a émis un avis "extrêmement réservé".

A l'article 5, une nouvelle réforme des fichiers liés aux inractions sexuelles est prévue. On fiche encore plus, et on fixe encore plus de contraintes. Mais, bien pire encore, on ouvre largement la consultation du FIJAIS (fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles) : ainsi, l’article 706-53-7-2 modifié du code de procédure pénale étendrait l’accès existant des OPJ, qui ne serait plus limité aux seules "procédures concernant un crime d’atteinte volontaire à la vie, d’enlèvement ou de séquestration, ou une infraction mentionnée à l’article 706-47 et pour l’exercice des diligences prévues aux articles 706-53-5 et 706-53-8", comme c’est le cas actuellement, mais "ouvert à toute procédure" comme le souligne la CNIL.

De plus, les policiers pourraient désormais avoir un accès à la fois étendu au fichier, mais en plus en supprimant le contrôle préalable d'un magistrat. En effet, le ministère de l'Intérieur trouve que les pratiques des magistrats sont "trop restrictives", voire "disparates". En suppromant tout contrôle, on supprime le problème...

Les articles 6 et 8 du projet de LOPPSI, eux, entendent même utiliser, à des fins "d'enquête administrative" les fichiers judiciaires. Logiquement, la CNIL, qui "a toujours émis une réserve de principe sur la consultation des fichiers de police judiciaire à des fins d’enquête administrative" rappelle que, en plus de cette opposition de principe, les constatations effectuées lors du contrôle général du STIC en 2009 par la CNIL démontrent un taux très important d'erreurs manifestes, de fichage de victimes, etc.

La CNIL, pour finir, rappelle que l’article 10 de la loi Informatique et Libertés prohibe cette pratique détestable en disposant que "aucune décision produisant des effets juridiques à l’égard d’une personne ne peut être prise sur le seul fondement d’un traitement automatisé de données destiné à définir le profil de l’intéressé ou à évaluer certains aspects de sa personnalité".

On peut le constater, la CNIL, malgré sa composition, très "droitière", malgré sa présidence par un sénateur UMP condamne clairement l'esprit et le texte de cette loi, qui, sous prétexte de sécurité intérieure, rogne encore un peu plus sur des libertés publiques fondamentales.

Au Parlement Européen, Sandrine Bélier, jeune euro-députée fraichement élue, juriste spécialisée dans les droits de l'Homme et signataire du "Pacte pour les libertés numériques" a fait de la lutte pour la protection de la vie privée, et contre le fichage permanent, l'un des axes majeurs de son mandat. Première à réagir à la publication de l'avis de la CNIL, via des réseaux sociaux, elle ne devrait pas manquer de porter le débat au niveau européen...


Vous trouverez ci dessous un lien vers la délibération de la CNIL :

http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/deliberations/deliberation/delib/207/

23 juillet 2009

Symboliques et realpolitik

Par Sandrine Bélier

Députée Européenne


Chronique publiée dans le magazine Slate.fr


Le premier billet est souvent le plus délicat à écrire, car c'est celui qui donne le ton. D'autant moins aisé pour une nouvelle euro-députée qui a fait ses premiers pas dans l'arène politique il y a seulement quelques mois, quittant le milieu associatif pour mener la liste Europe Ecologie dans le Grand Est. Le milieu de la classe politique a ses codes. Les lecteurs de chroniques d'hommes et de femmes politiques aiment, je crois, à les retrouver. A ces adeptes-là, disons tout de go, que je crains que vous ne trouviez pas satisfaction.

***

Symbole 1 : L'écolo à vélo

Strasbourg est l'une des villes de France qui a su faire une place aux cyclistes dans son aménagement urbain. La ville a développé une politique de transport «intra-muros» intelligente qui privilégie le déplacement collectif et doux à l'usage de la voiture. A 35 ans, au XXIe siècle, l'urbaine strasbourgo-parisienne que je suis n'a jamais été propriétaire d'une voiture. Et ce n'est même pas véritablement un choix militant, c'est juste qu'il est plus simple et plus sain, à Strasbourg, de circuler sans voiture. Quand l'usage de la voiture devient nécessaire, comme cela a parfois été le cas pendant la campagne pour les européennes dans le grand Est, on a recourt à l'auto-partage et au co-voiturage avec Auto-trement qui met à disposition des véhicules dans plusieurs endroits de stationnement de la ville (équivalent auto du vélib).

Cela ne se sait pas, mais la ville a depuis plusieurs années mis en place un parc de vélos gratuits à disposition des eurodéputés en session une semaine par mois. Il aurait été idiot de ne pas en profiter pour marquer le coup de la rentrée parlementaire des écologistes au parlement européen.

C'est donc à vélo qu'un groupe de députés européens a décidé de faire sa rentrée parlementaire en reliant la gare de Strasbourg au Parlement européen. L'événement médiatique ne tient pas au fait que les écologistes se mettent en selles pour le parlement (le cliché est usé). L'événement médiatique tient au nombre de cyclistes qui constituent le cortège que j'ai l'honneur de guider, étant la locale de l'étape. Les élus écolos français ont été rejoints par leurs collègues allemands, belges, etc... aujourd'hui la 4e force politique au Parlement européen avec 55 députés.

Eurodéputés à vélo

Un acte symbolique, le fait d'user de la bicyclette pour marquer la rentrée parlementaire? Permettez moi de sourire, et d'affirmer ici, non sans cynisme, que le vélo ne devrait plus être le monopole des écolos et la voiture avec chauffeur l'apanage du politicien traditionnel... Le seul véritable événement à valeur symbolique, c'est que les écologistes, cyclistes ou non, sont le seul groupe significatif en progression au Parlement européen (ils pèseront 7% dans la nouvelle assemblée contre 5,5% dans la précédente).

Symbole 2 : L'hymne à la joie

Autre symbole et changement d'échelle. Pendant que dans les jardins de l'Elysée, retentissait «la Marseillaise» pour célébrer la fête nationale, devant le parvis du parlement européen de Strasbourg, nous étions accueillis par un orchestre symphonique entamant «L'hymne à la joie» de Beethoven. Les moins sensibles aux symboles européens y relèveront une mise en scène assimilable à une mascarade, les autres feindront de l'ignorer. Nous, le groupe d'eurodéputés écologistes, nous nous sommes tût pour écouter.

Mais, ce n'est que le lendemain, quand la première session dans l'hémicycle s'est ouverte avec l'Hymne à la joie que j'ai connu ma plus grande émotion de cette rentrée parlementaire. C'est mon rêve d'Europe, qui pendant un instant, dans l'hémicycle a pris des airs de réalités, sur fond de langage universel. Une Europe moteur d'un nouvel essor de notre pensée susceptible de nous conduire à un nouvel humanisme. J'ai été transportée par ce rêve d'Europe qui offre encore des perspectives d'espoir, un projet d'avenir et de société.

Pendant ce temps-là, les eurosceptiques nationalistes sont restés ostensiblement assis. Je ne les comprends pas, ceux qui refusent de passer la porte européenne et d'entrer dans l'univers complexe où on travaille avec 27 cultures différentes, où on nous invite à basculer dans l'Histoire, dans la construction d'une vraie perspective d'avenir. Je ne m'explique pas ce refus de célébrer les valeurs humanistes que symbolise pour moi l'hymne à la joie: les idéaux de libertés, de paix, de solidarité, la capacité d'intelligence collective, l'unité dans la diversité...

Premier face à face sur les notes d'un morceau de musique qui symbolise une volonté d'européanisation confrontée à la difficulté de construction de l'union des peuples européens. Utile piqûre de rappel de toute la complexité de la construction d'une culture commune européenne et de l'appropriation citoyenne de l'europe. Si tout le monde connaît la mélodie, il faut admettre que nous avons un problème d'appropriation citoyenne avec cet hymne. Aucun chef d'Etat européen n'a jamais eu le courage de proposer qu'une rencontre sportive qui opposerait une équipe européenne à une équipe américaine débute par la 9e symphonie de Beethoven...

Un détail, un symbole sans importance? Ce détail, comme d'autres, à l'échelle de la construction européenne, a une véritable portée politique. Parce qu'il suppose d'abord une décision politique forte au niveau européen. Et parce qu'ensuite, il est, aujourd'hui, un des éléments révélateurs du clivage entre la volonté des pro-européens de partager un hymne qui rassemble et rapproche leurs concitoyens sous une bannière commune (en attendant la mise en place d'une véritable Europe politique) de ceux qui ne veulent pas du projet européen.

Imaginez, un instant, le poids et l'influence d'une conférence intergouvernementale où chaque représentant qui défend généralement ses intérêts nationaux prendrait la décision d'assumer un hymne commun européen. Je crois qu'«identitairement», cela constituerait un pas important dans le renforcement de l'Europe des citoyens européens.

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