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Pourquoi fait-on de la politique ?

Par volonté d’avoir en garde la sécurité, la solidarité, la prospérité, la sérénité d’une population ? Être placé à la tête d'un grand État pour veiller sur lui, pour le protéger, pour le défendre ? Ou le livrer pendant cinq années entières, par intérêt politique, par combinaison électoraliste ou par dogmatisme, aux peurs, aux haines, aux divisions ?

La politique est devenue la chose d’une forme d’aristocratie. Une noblesse féodale bien plus puissante que celle du moyen-âge, bien plus implacable. En France, on peut ainsi être l’actionnaire d’un groupe d’armement dont l’État est le client principal, et sénateur. On peut cumuler à l’envi, durant des décennies entières, des mandats. On peut, à l’instar de certains « barons », être maire, président de métropole, président de conseil départemental, d’une trentaine de sociétés d’économie mixte, et parlementaire.

On peut aussi reprendre la succession du père, de la mère, du grand-père, à la mairie, au palais Bourbon, ou à celui du Luxembourg. Ce sont toujours les mêmes, issus des mêmes écoles, qui « trustent » les postes, les places, les fonctions. Député, sénateur, préfet, ministre, etc. Et même lorsque ces gens ne se font pas élire, ils sont nommés aux postes les plus prestigieux de l’administration.

Oh, ce n’est pas nouveau ! Montesquieu dénonçait déjà ce fait comme étant l’avènement d’une aristocratie sans titre ni droit. Oh, le Front National ne fera pas mieux, bien au contraire. Qui sait que 25% des élus locaux de ce parti ont déjà quitté celui-ci, dégoutés par ses méthodes ? Le FN est une affaire de famille. Une famille qui en appelle sans cesse au peuple, à la nation, mais qui a érigé l’opacité fiscale en principe, produit de l’emploi fictif en série.

François Fillon a, depuis 40 ans qu’il vit de la politique, sans cesse accusé « la gauche » de ruiner la France, d’utopie, bref, de « construire de châteaux en Espagne ». On le sait, lui a préféré acheter un manoir dans la Sarthe.

N’est-ce pas la succession d’hommes et de femmes politiques, de Patrick Balkany à François Fillon, en passant par Serge Dassault, Jérôme Cahuzac ou Maryse Joissains, qui ont dévoyé leurs fonctions ? Et encore, s’agit-il de la courte liste de celles et ceux qui ont eu ou auront, après des décennies de protection, à rendre des comptes.

Monsieur Fillon, par la voix de ses avocats, réclame, en plus de son immunité parlementaire, une impunité judiciaire et politique. La séparation des pouvoirs, ai-je pu entendre, fait que « le parlementaire est le seul maître ». Oui, « maître ». Je vous l’ai dit, la France est sous le joug d’une nouvelle féodalité.

Mais d’autres mettent plus en danger l’État que la poignée de fraudeurs.

Ce sont ceux qui ferment les yeux et la bouche. Ceux qui les tolèrent. Ceux qui les couvrent. Ceux qui leur accordent leur indulgence, qui le font pour continuer à occuper une partie du pouvoir, ou que leur parti continue à occuper le pouvoir, la faute est tout aussi mortelle.

Il ne s’agit même pas de droit à l’oubli après une condamnation, de présomption d’innocence, ou d’amnistie, mais de silence sur les fautes, de soutien plus ou moins explicite.

Depuis trois semaines que dure l’affaire dite « PénélopeGate », j’ai été en contact avec une quinzaine de parlementaires des « Républicains ». Toutes et tous m’ont dit leurs doutes. Leur stupéfaction. Mais aucun n’envisage de lâcher François Fillon « on ne va pas se priver de la campagne des présidentielles, quand même ! Et si Fillon tombe, alors ce sera la bérézina aux législatives »

Il y a d'autres malhonnêtetés que le détournement d’argent. La confiance publique aussi est un bien public. En continuant à soutenir François Fillon, Les Républicains savent qu’ils trompent la confiance de leurs électrices et leurs électeurs, préférant prendre celles-ci et ceux-ci pour des imbéciles, en livrant la presse et la justice au mépris populaire.

Les dangers publics ne sont pas la minorité de malfaiteurs qui investissent les dorures des palais nationaux. Ce sont les indulgents. Ceux qui, pour bénéficier de prébendes, pour garder leur siège ou leur présidence, se bouchent le nez.

En 2017 ou à date ultérieure, l’histoire ne doit pas oublier de les juger, eux aussi.